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Les fables dans tous leurs états

Publié le par La rédaction NRP

Les vertus des fables ne sont plus à démontrer. Dans ce numéro, l’accent est mis sur la dimension théâtrale et la représentation d’une parole vivante dans les apologues, avec des auteurs aussi divers qu’Ésope, La Fontaine, Orwell ou Pommerat.

Les fables, ou le débat en question

Extrait du dossier écrit par Gilles Siouffi, professeur en langue française, spécialiste du XVIIe siècle, université Paris-Sorbonne.

Lorsqu’on évoque La Fontaine, on songe immédiatement aux animaux doués de parole. Inspiré par le Latin Ésope et l’Indien Pilpay, il n’a pas été le premier à faire parler les animaux. Mais bien souvent, une dure loi s’abat sur eux, quoi qu’ils aient dit. La Fontaine ferait-il, dans les Fables, un constat pessimiste sur l’usage de la parole en société ? N’accorderait-il aucune valeur profonde au débat ? Prendre la parole est difficile, on le sait. Faire en sorte qu’elle soit entendue, plus encore. Par la noirceur de son constat, La Fontaine attire subtilement notre attention sur cette difficulté essentielle qui est au cœur de notre vie en société.

De la tradition orientale…

Faire parler les animaux est apparemment une très ancienne tradition assyrienne, qui s’est transmise dans les cultures du Moyen-Orient, et dont ont tiré parti Ésope (VIe siècle avant J.-C.) et le fabuliste indien Pilpay (IIIe siècle). L’idée était plaisante, ludique, de celles qui enchantent notre monde. La Fontaine reprend parfois ce motif, écrivant dans l’épilogue de son deuxième livre de poétiques « car tout parle dans l’univers », et « il n’est rien qui n’ait son langage », dont s’est peut-être souvenu Victor Hugo quand il a écrit « Ce que dit la bouche d’ombre » : « Tout, comme toi, gémit ou chante comme moi ; / Tout parle. » Toutefois, bien souvent, les fables d’Ésope, qui sont des textes brefs, ne permettent pas aux animaux de parler longuement. De même, la dramaturgie de La Fontaine, très efficace et extraordinairement synthétique, fait qu’on mémorise facilement ces petites pièces ciselées. Mais elle repose souvent sur un certain laconisme de la part des personnages. L’accent est plutôt mis sur la morale et la dimension d’apologue du récit. En revanche, chez Pilpay, les animaux font assaut de persuasion et on assiste à de véritables concours de subtilité. Il est d’ailleurs intéressant de relever que les fables y sont racontées par plusieurs animaux au sein d’un dispositif qui les enchâsse et en fait donc des « confabulations » entre personnages qui se délectent du goût des mots.

… au moraliste moderne

Lorsque La Fontaine se saisit à nouveau du procédé des fables animalières, il accentue la portée métaphorique des animaux, en suggérant qu’à travers eux, il représente des hommes de son temps parfois reconnaissables. Aux côtés des animaux, il fait également parler des êtres humains. Il montre ainsi des « types », comme La Bruyère plus tard avec ses Caractères qui ne sont pas éloignés des Fables, à la différence que La Bruyère se passera de masque et s’adressera exclusivement aux adultes. Chez La Fontaine, point de psychologie. Les animaux ne parlent pas en tant qu’« eux-mêmes », mais plutôt de façon stylisée, par le biais de ce qu’on appelait dans l’Antiquité l’ethos, une manière d’être qui est d’autant plus facile à mettre en place que les animaux sont censés être entièrement réglés par leur comportement instinctif et par la « Nature ». Jamais de contradictions, chez les animaux, jamais de paradoxe ; les animaux ne sont pas des hommes, ils sont guidés tout entiers par un caractère, et lorsqu’ils prennent la parole, ils sont jusqu’au bout dans leur personnage (du latin persona qui signifie « le masque ») : la majesté pour le lion, l’humilité pour l’âne, la ruse pour le renard, etc. Dès lors, ce à quoi aboutit leur échange est quelques fois prévisible. Dès le titre, on se doute de l’issue… À quoi peut bien aboutir un dialogue entre le loup et l’agneau ? Où pourrait-il y avoir « débat » ?

Sous le soleil de la Discorde

« La Discorde a toujours régné dans l’Univers » : c’est ainsi que commence « La Querelle des Chiens et des Chats et celle des Chats et des Souris », double querelle dont on remarquera d’ailleurs la dissymétrie. Un maître a chez lui beaucoup de chiens, de chats et de souris. Il veut, sous la menace du fouet, qu’ils s’entendent tous entre eux. Cela fonctionne un certain temps, mais, peu à peu, des dissensions apparaissent pour un vol d’os ou de viande. Comme le dit le fabuliste, il n’y a « Nul animal, nul être, aucune créature / Qui n’ait son opposé : c’est la loi de nature. » De fait, chez La Fontaine, les animaux sont souvent appareillés en paires opposées : cigale/fourmi, loup/agneau, lion/moucheron… Dans ces conditions, le personnage allégorique de la Discorde, dont La Fontaine emprunte la figure à l’Antiquité, n’a aucune peine à s’imposer comme la véritable triomphatrice. Dans la fable qui porte son nom, après avoir brouillé les dieux pour une pomme, elle se tourne vers le monde des hommes où on la reçoit « à bras ouverts ». Dès qu’il y a « débat », elle se précipite pour arriver avant la paix. Et c’est sa présence, alors, qui va déclencher un flot de paroles. Les propos montent, les mots débordent, il n’y a plus de limite. La fable « La Querelle des Chiens et des Chats et celle des Chats et des Souris » assène d’ailleurs, dans son avant-dernière strophe, cette amère leçon : « Ce que je sais, c’est qu’aux grosses paroles / On en vient, sur un rien, plus des trois quarts du temps. » Dans toute querelle, quelque chose de mécanique s’emballe tout seul. Si par malheur, on s’y trouve engagé, il ne faut rien faire d’autre que laisser passer l’orage. Ou pourquoi ne pas différer ses propos ? Se quereller, en quelque sorte, l’un après l’autre…

La Ferme des animaux, de George Orwell (1945)

Extrait de la séquence de Solenne Franceschi

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Publié le par La rédaction NRP
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La MGI adapte La Fontaine

Publié le par la redaction nrp

Rattachée à la Mairie de Paris, La Maison du Geste et de l’Image (MGI), a pour ambition le développement de la sensibilité artistique chez l’adolescent. Elle propose tout au long de l’année d’accompagner les établissements scolaires dans divers projets artistiques en faisant le lien avec des artistes professionnels et des établissements culturels – théâtres, cinémas, salles d’expositions.

En marge de ces activités la MGI, propose à  la rentrée 2010 un atelier hebdomadaire autour du théâtre et de la vidéo. Lire la suite

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