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Interview de Jérôme Leroy pour son livre « Norlande »

Publié le par La rédaction NRP

Par Claire Beilin-Bourgeois

norlandeLauréat du Prix NRP 2013-2014, Jérôme Leroy n’écrit pas seulement pour la jeunesse. Dans ses romans, qui doivent beaucoup au roman noir, il aborde des sujets politiques. Dans Norlande chez Syros, un pays imaginaire, on reconnaît à travers les lettres de Clara à son amie française celles d’une survivante de la tuerie d’Utoya.

Claire Beilin-Bourgeois. – Comment ce projet de roman est-il né ?
Jérôme Leroy. – La tuerie perpétrée par Breivik, en juillet 2011, m’a touché pour des raisons presque personnelles. Les victimes de ce tueur étaient des jeunes gens, très jeunes même, qui s’étaient engagés politiquement dans un combat pour l’émancipation et le vouloir vivre-ensemble. J’en connais un certain nombre dans mon entourage et j’ai pensé à eux. Je me suis aussi revu à leur âge. Il me semble aussi que cet événement marque une date décisive en Europe. Un tueur, conditionné par une idéologie xénophobe qui envahit le Net depuis quelques années en se nourrissant de la crise économique, est passé à l’acte. Et il n’a marqué aucun regret, persuadé d’être un des premiers combattants d’une guerre raciale. Il faut prendre ce qui s’est passé ce jour-là très au sérieux, comme un avertissement effrayant : nous devons de toute urgence refondre une société plus juste, plus égalitaire qui n’ira pas chercher des boucs émissaires chez les plus faibles, les immigrés, les Roms, etc…

C. B.-B. – Pourquoi avez-vous choisi de situer l’événement clé du roman, à savoir la tragédie d’Utoya, dans un espace imaginaire ?
J.-L. – Je parlerais plutôt d’un espace parallèle que d’un espace imaginaire. La Norlande résume tout ce qui me séduit dans les sociétés scandinaves et j’ai réuni dans un seul pays les caractéristiques de la Norvège, de la Suède, du Danemark afin de montrer le monde d’avant Breivik comme une utopie possible, une utopie concrète. Malgré leurs défauts, les sociétés nordiques ont quand même été, longtemps, des sociétés ouvertes où l’autre n’est pas vu a priori comme un concurrent mais comme un partenaire, où l’on préfère la coopération à la compétition, où l’on s’efforce de réduire les inégalités pour que tous aient l’impression de vivre, à peu près, dans la même société sans se sentir exclu.

C. B.-B. – En mêlant des personnages réels et des personnages fictifs de manière assez troublante, quel effet recherchez-vous ?
J.-L. – Je pense que vous donnez la définition même du roman, ou en tout cas de ce que j’aime dans le roman. Je n’arrive pas, en tant que lecteur, à adhérer à un univers qui ne me renvoie pas, d’une certaine manière, au monde dans lequel je vis. On peut appeler ça le réalisme, si vous voulez. Sinon, j’ai une impression de gratuité, je n’y crois pas. Et j’ai besoin d’y croire, même dans une fiction.

C. B.-B. – Qu’avez-vous gardé, dans ce roman-là, de la forme du roman policier ?
J.-L. – En règle générale, je préfère le terme de roman noir à roman policier. Le roman noir est un roman de la critique sociale qui prend en compte les contradictions parfois violentes de nos sociétés. C’est un roman qui aborde de front la violence, qui ressemble d’ailleurs à la tragédie, au sens classique du terme. Il y a souvent une enquête, ou une quête, dans le roman noir comme dans le roman policier, mais cette enquête n’a pas forcément besoin d’aboutir ou de ramener un ordre rassurant. Dans Norlande, l’enquête, c’est Clara qui la mène, sur ellemême et sur la Norlande. Elle recherche des réponses, et d’une certaine manière, elle y réussit en parvenant à dire le nom du tueur et à lui faire baisser les yeux. Et même si elle ne peut évidemment pas effacer ce qui s’est passé, c’est une victoire.

C. B.-B. – Vous avez publié en 2011 Le Bloc, dans lequel vous évoquez, comme dans Norlande, l’évolution en Europe des partis nationalistes : quel peut être aujourd’hui, le rôle, ou l’influence, de ces textes engagés ?
J.-L. – Il ne faut pas surestimer le pouvoir des livres, du roman. Mais il ne faut pas non plus le sous-estimer. Un roman engagé, ou même qui expose simplement des problématiques de notre temps, peut aider à des prises de conscience, à pousser une réflexion.

C. B.-B. – Dans vos choix de lectures, accordez- vous une importance particulière à la dimension politique d’une œuvre ?
J.-L. – Disons que la dimension sociale, politique, et même historique, me semble importante. J’aime les écrivains qui ont rendu compte de leur temps, des enjeux de leur époque. Je pense même que c’est ce qui assure leur postérité.Mais la dimension politique, je la prends au sens large. Il y a une dimension éminemment politique chez Rimbaud, par exemple, que je cite en exergue de Norlande.

C. B.-B. – Abordez-vous l’écriture d’un roman pour la jeunesse de la même manière que celle d’un roman destiné à un public plus large ?
J.-L. – À peu de choses près, oui. C’est même la philosophie des collections Souris noire et Rat noir. On traite des « problèmes d’adultes » en prenant le point de vue de l’adolescent ou de l’enfant qui est souvent oublié dans l’histoire.

C. B.-B. – Le personnage d’Émilie relie Norlande à un précédent roman pour la jeunesse, La Grande Môme : pensez-vous ajouter un autre volume à cette série ?
J.-L. – Sans doute. J’ai envie de créer un univers romanesque cohérent avec des personnagesqui vivent dans le même univers et ont donc pu se croiser.

Article paru précédemment dans la NRP collège de janvier 2014

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Interviews des lauréats du Prix NRP 2014-2015

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Par Claire Beilin-Bourgeois

Élise Fontenaille,Les Trois sœurs et le dictateur Le Rouergue

Les trois soeurs et le dictateur, Elise Fontenaille, Le RouergueLe 25 novembre 1960, Patria, Minerva et María Tereza Mirabal sont assassinées sur ordre de Rafael Trujillo, l’homme qui régna sans partage sur la République dominicaine pendant près de trente ans. À travers le regard de Mina, jeune Californienne partie sur les traces de sa grand-mère Minerva, Élise Fontenaille nous raconte cette histoire dans Les Trois Sœurs et le Dictateur (Le Rouergue, 2014).

Qu’est-ce qui vous a menée vers ce récit?
C’est un couple de professeurs documentalistes. En poste au Canada, ils avaient aimé mon livre Les Disparues de Vancouver. Ils m’ont donc invitée à en parler, et nous avons sympathisé. Ils ont ensuite déménagé en République dominicaine, où je suis allée leur rendre visite. Or, c’était le 25 novembre, jour de l’assassinat des sœurs Mirabal. Nous avons visité la maison des Mirabal ce jour anniversaire, où a lieu le rassemblement des descendants. Je me suis retrouvée au cœur d’une famille très chaleureuse. Les petites-filles que j’ai rencontrées étaient élégantes, raffinées. Je me suis attachée à ces femmes qui n’étaient pas des pasionaria, qui représentaient à mes yeux la sophistication contre la barbarie, l’intelligence contre la bestialité. Parce qu’elles constituaient à mon sens une belle mythologie, très solaire, en revenant en France, j’ai proposé spontanément au Rouergue d’en faire un roman.
Comment cette rencontre s’est-elle déroulée ?
J’ai rencontré la dernière sœur survivante. D’une certaine manière, j’ai recueilli ses dernières paroles, puisqu’elle est morte peu après la parution du roman. Le jardin m’a marquée, car c’est là que j’ai rencontré la famille des sœurs Mirabal. Lieu de révélation mais aussi symbole, il est aussi devenu un personnage essentiel du roman.
Comment concevez-vous un roman historique ?
J’aime révéler des histoires méconnues. Chaque fois que j’écris un roman, je fais de telles recherches que j’apprends beaucoup, et j’en transmets une partie. Je n’avais jamais entendu parler de Trujillo, et mes amis m’ont prêté tous les livres possibles. Dans le roman, on invente pour transmettre quelque chose. Ce morceau d’Histoire avait pour moi quelque chose de mythologique : une trinité, le combat du bien contre le mal. C’est certes un texte politique, mais leur histoire dit bien davantage le combat de la liberté contre la tyrannie et de la culture contre la barbarie.
Comment envisagez-vous votre métier d’écrivain ?
J’écris une histoire pour que les enfants lisent. Chaque lecteur est créateur, l’impact du livre est différencié. Je suis très contente de la réception de ce livre ; l’accueil a été immédiatement chaleureux.
Est-ce qu’écrire pour la jeunesse est une activité particulière pour vous ?
J’écris très vite pour la jeunesse. Je peux écrire un roman en trois jours. Ça va beaucoup plus vite que pour les adultes, parce que je me sens proche des jeunes, ça m’est très naturel de communiquer avec eux. C’est la plus belle part de mon travail d’écrivain, et je crois que c’est le lectorat qui m’importe le plus. Je continue pour les adultes parce que ça me confère un statut : en n’écrivant que de la littérature jeunesse, on prend le risque de se sentir un peu en marge. Mais il n’y a pas pour autant de division entre les deux : le livre jeunesse doit être lu par des adultes avec plaisir. Cependant, soyons honnête : il faut plus de simplicité pour la jeunesse. La Fête au bouc de Vargas Llosa ne peut pas être lu par la jeunesse. J’écris court aussi pour que tous les jeunes de tous les milieux me lisent. Je n’ai qu’une règle, c’est ne pas désespérer la jeunesse. Il me faut une note d’espoir.
Qu’est-ce qui a motivé la forme de la fiction, à mi-chemin entre le récit et la lettre ?
Ce récit adressé par la petite fille à son amie d’origine haïtienne restée en Californie est un clin d’œil à la dualité Haïti-Saint-Domingue. La forme est donc symbolique. Les deux amies illustrent la dualité de l’île. Je voulais parler des Haïtiens car la dichotomie entre les deux côtés est très forte, et le racisme très présent. J’écris davantage par imprégnation. Pour Les
Trois Sœurs, je me suis laissée porter par le lieu, et par ces deux faces d’un même milieu.
Et comme c’est une histoire de sororité, le dialogue des deux amies fait miroir.
Quels sont vos projets ?
Mon prochain roman pour la jeunesse se passera au Pérou. Ce sera l’histoire d’une
jeune fille qui vient d’avoir son bac, et prend l’avion avec sa mère pour rejoindre son père.
L’avion est pulvérisé, et la jeune fille survit à une chute de dix mille mètres, sauvée d’une mort certaine par les arbres, qui ralentissent sa chute. C’est un personnage incroyable de survivante, et cette histoire vraie est aussi un conte de fée. Il me tarde vraiment de m’y mettre.

Johan Héliot ,Les Substituts Le Seuil jeunesse

Les substituts, Johan Héliot, le Seuil
Dans le monde imaginé par Johan Heliot, les substituts sont des esclaves dotés d’un vocabulaire minimum, privés de tout savoir superflu. Mais Tya n’est pas comme les autres, elle le sait, et quand, à l’âge de 14 ans, elle part travailler comme les autres substituts, elle trouve les moyens de décupler cette force qui l’habite. Les Substituts (Seuil, 2014) est un roman haletant, mais aussi une réflexion sur la puissance du savoir.

Le projet de ce roman très politique est-il né dans un contexte particulier ?
Pas vraiment, sinon l’envie de m’intéresser à un personnage dont l’intelligence et la perception du monde évoluent de manière radicale entre les premières et les dernières pages du roman, et de jouer avec le style en ce sens, puisque ce personnage est aussi la narratrice. Ce procédé a déjà été utilisé dans un classique de la science-fiction, Des fleurs pour Algernon, mais je l’ai adapté au cadre d’une dystopie dans laquelle la limitation de l’intelligence constitue une sanction à l’encontre des descendants des responsables de la catastrophe initiale.
Au-delà du plaisir d’être embarqué dans l’aventure, qu’attendez-vous du jeune lecteur ?
Qu’il réalise sa chance de vivre et grandir dans une société comme la nôtre, malgré ses imperfections, car la transmission des connaissances y joue un rôle prépondérant – mais est-elle un principe acquis pour toujours ? Je ne cite pas pour rien Condorcet en exergue ! J’aimerais que le jeune lecteur comprenne quel cauchemar serait une société sans apprentissage (donc sans école !), car elle ne produirait que des populations d’esclaves, comme les substituts.
Quelle liberté vous apporte le choix de la science-fiction ?
Celle de repousser très loin les limites du cadre réaliste, justement, pour mettre en lumière des problèmes très actuels, par effet d’opposition. La science-fiction utilise le futur comme décor, mais elle parle des problèmes d’aujourd’hui. Par exemple, la suppression des cours d’histoire dans certains niveaux de formation m’apparaît un phénomène inquiétant – quelles autres matières seront ensuite rayées de la carte ? Partant, quels élèves formera-t-on, coupés de leur passé ? Un problème actuel que j’ai donc transposé dans un futur relativement proche, et développé à l’extrême, car décrire un monde cauchemardesque est toujours plus amusant ! Ensuite, la science-fiction m’apporte une totale liberté dans le choix des personnages et créatures qui jalonnent le parcours de mes héros, dans l’élaboration de décors propres à frapper les imaginations (du moins je l’espère !).
Dans quel but avez-vous peuplé votre roman de personnages assez complexes, et rarement d’une seule pièce ?
J’assume totalement leur complexité et l’absence de manichéisme ! Chacun, qu’il soit d’abord perçu comme bon ou mauvais, est animé d’intentions justifiables de son point de vue, et mon héroïne finit par les comprendre, même si elle ne peut toutes les accepter. Son apprentissage du monde passe d’abord par celui du vocabulaire – elle découvre que nommer les choses lui confère un pouvoir sur elles – puis par celui de la complexité du réel. Elle poursuivra ce cheminement sur un plan plus personnel dans le tome 2, d’ailleurs.
Pour ce roman très dynamique, avez-vous voulu une écriture qu’on pourrait qualifier de cinématographique ?
J’aborde généralement tous mes romans avec un point de vue cinématographique, dans la mesure où je visualise les scènes avant leur écriture, imaginant parfois même les mouvements de caméra. Je ne sacrifie pas pour autant l’introspection, mais je m’arrange pour la mêler à l’action autant que possible. Cela me vient, je pense, de mon côté cinéphage (plutôt que cinéphile) et aussi de mon amour du roman noir où, le plus souvent, la psyché des personnages apparaît dans l’action.
Avez-vous pensé à d’autres romans qui allient ainsi la science-fiction, l’aventure, à la philosophie et la politique, en écrivant celui-ci ?
Je pourrais citer la plupart des dystopies classiques produites par la science-fiction, comme Le Meilleur des mondes ou Farenheit 451, pour le rôle crucial de la préservation et de la transmission des connaissances. Chaque fois que j’écris un roman de science-fiction, je sais – plus ou moins ! – sur quelles bases je m’appuie dans la déjà longue histoire de cette littérature, même si ce n’est pas forcément conscient au départ.
Vous écrivez des romans pour tous les publics : vous imposez-vous des contraintes spécifiques quand vous écrivez pour des enfants ou des adolescents ?
Pas au niveau de la complexité, surtout – les ados ne sont pas idiots, ils ont le même cerveau que nous, juste un peu moins rempli ! Au niveau du rythme de l’action, je m’efforce de le maintenir soutenu. J’écris plus rarement pour les plus jeunes, car justement de nouvelles contraintes s’imposent alors.

Yann Rambaud , Gaspard des profondeurs Hachette Jeunesse

Gaspard des profondeurs, Yann Rambaud, Hachette
La mère de Gaspard ne va pas bien. Elle passe ses journées à fabriquer des rideaux assise à sa machine à coudre. Et cela fait trop longtemps que Gaspard n’a pas vu son père. Technicien dans un théâtre, il est en tournée et ne répond à aucun de ses appels. Un soir, c’est est trop, il part le chercher pour le ramener à la maison. Mais chemin faisant, une étrange musique l’entraîne dans une forêt peuplée de rêves et de cauchemars. Ce premier roman, Gaspard des profondeurs (Hachette Jeunesse, 2014), nous raconte l’épopée de Gaspard, sa rencontre avec Honoré, un ami, un vrai, et le voyage initiatique qui le conduira à lui-même.

Quel était votre projet en amorçant l’écriture de ce roman : écrire sur l’enfance ?
J’avais envie avant tout d’écrire sur l’enfance, mais aussi sur l’histoire d’une amitié forte. Au départ, j’avais en tête les deux mondes, avec l’alternance des deux histoires, c’est à peu près tout. J’avais le début et la fin, mais pas grand-chose entre les deux.
Quel sens donnez-vous au thème de la « profondeur », par rapport à l’« épaisseur » psychologique, plus attendue ?
Quand j’ai travaillé sur les créatures de la forêt, j’ai fait en sorte que chacune renvoie à une partie de la vie de Gaspard, que chacun des personnages se rattache à des émotions.
À travers eux et grâce à eux, il affronte toutes ses peurs. Ils ont beau appartenir à un autre monde, ces personnages existent vraiment. Mamie est d’ailleurs, avec Honoré, un des personnages auxquels les lecteurs disent le plus s’identifier. Au début, le roman devait s’appeler Gaspard et les touchécorces. Le titre définitif est venu naturellement, il s’est imposé peu à peu. Il disait bien la troisième dimension du roman, la manière dont ce monde de la forêt rend compte de la complexité psychologique. Et puis, comme certains l’ont perçu, il crée un jeu de mots qui annonce la fin : la profondeur est une sorte d’annonce du De profundis de la messe des morts.
Diriez-vous de votre roman que c’est un récit fantastique ?
Ce n’est pas un univers fantastique comme on peut le penser. J’utilise le fantastique pour mieux encore ancrer mon histoire dans la réalité, celle des rêves, de l’intérieur. Je recherche ces moments où la frontière entre le surnaturel et le réel est ténue. Cela tient aussi à ma profession : je suis éducateur et je travaille avec des adultes handicapés mentaux. Avec eux, la confusion est souvent totale, et j’aime quand la frontière entre le monde tangible, rationnel et celui des rêves, de l’intérieur, de la folie est fragile. Et puis, j’ai choisi le fantastique parce qu’il véhicule de la poésie et de la mythologie. Je trouve utile de raviver le lien que les enfants peuvent entretenir avec le mythe.
Gaspard des profondeurs est un premier roman, et on a le sentiment que vous le portiez depuis longtemps : à juste titre ?
J’ai mis longtemps, en effet, à le digérer. J’ai dû aussi beaucoup travailler pour construire
les deux mondes parallèles. Le monde de la forêt a imposé une construction et beaucoup de réflexion pour qu’il soit cohérent et qu’il ait du sens. Il a fallu aussi prendre garde à ne pas tout dire, et à conserver une certaine linéarité pour ne pas perdre le lecteur.
Avez-vous éprouvé une difficulté particulière à traiter le thème du deuil dans un roman pour la jeunesse?
Le thème du deuil est un thème difficile, dont on a toujours tendance à vouloir trop protéger les enfants, ce qui n’est pas nécessairement une idée très judicieuse. Et on arrive dans notre société à une situation inquiétante : on surprotège les enfants, et on voit des adultes qui à un âge avancé n’ont jamais été confrontés à la mort, qui n’ont jamais vu un cadavre.
Pourquoi, pour un premier roman, avez-vous choisi d’écrire un roman pour la jeunesse ?
Moi, je ne savais pas que j’écrivais pour la jeunesse. J’écrivais cette histoire, je la faisais lire, et progressivement, les lecteurs ont évoqué la littérature jeunesse. C’est aussi la rencontre avec Cécile Terouanne chez Hachette jeunesse qui a clairement orienté l’écriture vers ce public. Mais le roman s’adresse aussi à un public adulte. Lors d’une signature, un homme assez âgé qui avait perdu son père jeune m’a dit avoir retrouvé, dans cette lecture, des émotions qui le renvoyaient à cette période.
Avez-vous d’autres projets ?
Oui, plusieurs. J’ai écrit un livre qui sortira en avril, Teddy n’a qu’un œil. Il raconte l’histoire d’un frère et d’une sœur qui vivent près d’une maison de retraite. Ils s‘aventurent souvent vers la maison de retraite et découvrent Teddy, un gros lézard qui n’a qu’un œil. Intrigués, ils cherchent à comprendre de quoi se nourrit le gros lézard. J’ai écrit ce livre pour des enfants plus jeunes, mais il parle aussi de sujets graves.

Interviews parues dans la revue NRP Collège de janvier 2015

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Rencontre avec Pierre Péju

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PIERRE PEJU photo C. HELIE

À l’occasion de son nouvel essai Enfance obscure, Pierre Péju, romancier et philosophe, est revenu pour la NRP sur quelques thèmes au centre de son oeuvre. De lui, il faut (re)lire, entre autres : La Petite fille dans la forêt des contes, Robert-Laffont, E.T.A. Hoffmann: une biographie, Phébus, Le Rire de l’ogre, Gallimard, et bien sûr, La Petite Chartreuse, Prix du livre Inter 2003. Lire la suite

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Entretien avec Nicole Bertolt

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Nicole Bertolt

Nicole Bertolt est représentante de la Cohérie Boris Vian, conseillère scientifique de l’exposition Boris Vian de la BNF.  Elle a répondu à nos questions.

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Rencontre avec Elisabeth Charpentier, professeur de lettres

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ELISABETH CHARPENTIER

En cette rentrée nous vous proposons une interview d’Élisabeth Charpentier, professeur de lettres et d’allemand à Saint-Nicolas-lez-Arras dans le Pas-de-Calais.  Sa participation aux Timbrés de l’orthographe, qui a eu lieu en juin,  dernier nous a permis de revenir sur sa façon d’enseigner la langue.

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Les Timbrés de l’orthographe, première édition

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Les timbrés de l'orthographe Le 18 juin dernier se tenait au théâtre des Variétés à Paris, la finale de la première édition du concours « les Timbrés de l’orthographe ». Crée par les Éditions de l’Opportun en partenariat avec La Poste, « les Timbrés de l’orthographe ont pour vocation de réconcilier le plus grand nombre avec la langue française, de manière aussi pédagogique que ludique. Le défi de tous professeurs !

À cette occasion nous avons interviewé les jeunes lauréats de la catégorie Cadet (enfants entre 8 et 13 ans), Théa Tartaglino, Erwan Bernard, Rémi Lesbats et Andrea Negro.

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Entretien avec Mauricio Rosencof

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Mauricio Rosencof

 

Dans le numéro de mars dont le thème est « Littérature et témoignage », un extrait du récit de Mauricio Rosencof,  Les  Lettres qui ne sont jamais arrivées  a été étudié avec un groupement de lettres « classiques » (Mme de Sévigné, Racine, Comtesse de Ségur). Nous avons pu prolonger cette brève étude par un entretien avec l’auteur lui-même qui a répondu à nos questions, depuis l’Uruguay où il vit.
 

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Le Café-Livres à Lille, des livres et une scène ouverte

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Café livres de Lille

Agnès Boitelle a 41 ans. Elle a ouvert le Café-Livres à Lille il y a deux ans. Ancienne chercheuse en biologie, sa famille vient de Lille mais elle n’y a pas toujours vécu. Grande voyageuse, elle a visité ou habité dans dix-huit pays différents… L’idée du Café-Livres vient d’une blague entre thésards (pendant sa thèse dans les années 1990). Ils se projetaient dans le futur en se posant la question : « Que feras-tu quand tu seras au chômage ? » Agnès avait déjà l’idée d’un « café librairie », concept qui n’existait pas à l’époque. Les gens n’ont pas vraiment pris son idée au sérieux. Agnès : « C’était l’idée d’un lieu comme j’aurais voulu en trouver un à l’époque : un lieu de vie, avec des sièges confortables, où l’on peut manger un morceau en sortant du boulot, avec des livres à disposition. Je vois aussi le café comme un lieu d’attente et de transition, c’est l’endroit idéal pour découvrir de nouvelles choses.»  Après sa thèse, Agnès a enchaîné les CDD durant 8 ans. Deux possibilités lui semblaient alors envisageables et la passionnaient : continuer sur la voie de la recherche en biologie ou ouvrir un café librairie. Lasse de chercher du travail, elle a finalement repris l’idée du café. Entre-temps, elle a pu en visiter dans plusieurs pays et constater que le concept s’était développé un peu partout.

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Le Fantôme de Karl Marx

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Couverture le Fantôme de Karl Marx Le Fantôme de Kark Marx, de Ronan de Calan, illustré par Donatien Mary, Les Petits Platons.

La maison d’édition « Les petits Platons », publie des ouvrages illustrés sur des pensées philosophiques pour les jeunes à partir de 10 ans (mais comme les Tintin, ils peuvent être lus de 7 à 77 ans). Après Ricoeur, Kant, Socrate et Lao-Tseu, vient de paraître un Karl Marx. L’entreprise pouvait paraître risquée. Et pourtant, en une bonne cinquantaine de pages, les fondements d’une pensée économique et politique sont donnés à comprendre, simplement et sans tabous.
L’auteur, Ronan de Calan, maître de conférences en philosophie à l’université de Paris-I a répondu à nos questions.
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Entretien avec le slameur Grand Corps Malade

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Propos recueillis par Yun Sun Limet

Grand Corps MaladeEn janvier le slam est à l’honneur dans les pages de la NRP collège. Nous vous proposons une interview exclusive de celui qui a donné au slam ses lettres de noblesse : Grand Corps Malade.

À l’occasion de la sortie de son nouvel album Troisième temps, Grand Corps Malade a répondu aux questions de la NRP. L’occasion pour nous de revenir sur son travail d’écriture, sur ses influences, sur son engagement.

Et de conclure que l’essentiel, c’est d’écrire et de faire écrire. Lire la suite

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Au Louvre, en regardant en écrivant

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Par Gaëlle Bebin

Véronique Ovaldé au Louvre © Gaëlle BebinUn atelier d’écriture devant les œuvres, c’est ce que propose aux professeurs l’une des offres de formation continue de l’académie de Versailles, grâce à la Délégation académique à l’Action culturelle qui se bat chaque année pour programmer ce stage. Un atelier dont la spécificité est d’associer littérature et arts plastiques, avec la précieuse collaboration de l’artiste plasticien Joël Paubel. Depuis deux ans, en quatre séances chacun, des écrivains choisissent quelques œuvres exposées au Louvre pour déclencher l’écriture. Ainsi Suzanne Doppelt avait-elle opté, entre autres, pour Suzanne au bain de Tintoret, quand Tanguy Viel s’était laissé inspirer par des natures mortes hollandaises. Cette fois, suivons Véronique Ovaldé, qui nous entraîne vers les peintures espagnoles du musée, et a répondu à nos questions.

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Marivaux, Musset, comédies en un acte

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Par Gaëlle Bebin

Le personnage de Merlin, dont le costume et l’attitude sont inspirés de L’indifférent de Watteau

« Si l’amour est une comédie, cette comédie, vieille comme le monde, sifflée ou non, est, au bout du compte, ce qu’on a encore trouvé de moins mauvais. Les rôles sont rebattus, j’y consens ; mais, si la pièce ne valait rien, tout l’univers ne la saurait pas par cœur » dit le Comte à la Marquise, lassée de devoir sempiternellement écouter les mêmes galanteries. Dans Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée, Musset resserre le dialogue sur la déclaration d’amour et la difficulté à échapper à l’expression codifiée des sentiments. Cette brève comédie proverbe, suivie de On ne saurait penser à tout est montée cette année par Frédérique Plain. Elle est aussi l’assistante de Jean-Pierre Vincent pour sa mise en scène des Acteurs de bonne foi de Marivaux, actuellement en tournée. Une pièce dont l’enjeu est aussi un mariage, et où la comédie de l’amour se donne ouvertement, ainsi que l’amour de la comédie…

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