Archives par mot-clef : histoires des mots

Jeu

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Dictionnaire historique de la langue françaiseUn mot n’a pas besoin d’être long pour être riche en sens et avoir une étymologie intéressante. La preuve par le jeu. De par sa racine indo-européenne, le jeu est d’abord un « jeu de mots » (jocus en latin, haut allemand jehan). C’est cette racine qui a perduré et s’est développée jusqu’aujourd’hui tout en héritant au fil du temps d’un autre sens, hérité de latin ludus, « jeu » également, mais activité d’amusement organisé selon une série de règles. De ce ludus, nous n’avons plus en français que quelques mots (ludique, ludothèque). Ce croisement entre une racine porteuse d’un sens restreint (jocus) et une autre qui va lui léguer son sens plus large (ludus), est sans doute un des jeux, tours de passe-passe dont la langue est friande. C’est l’esprit de la langue, et jouer avec les mots ne serait alors qu’un agréable pléonasme.

 

JEU n. m., d’abord glu (1080) et geu (1160), est issu du latin jocus « jeu en paroles, plaisanterie », rapproché de mots indoeuropéens désignant la parole, tels le moyen gallois ieith « langue », l’ancien haut allemand jehan « prononcer une formule ». Jocus, fréquemment associé à ludus (→ ludique ; allusion, illusion) « jeu en action », a fini par le remplacer en absorbant ses valeurs.
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Enfant

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ENFANTOn le sait, le mot enfant est construit sur un privatif, in-fans, qui ne parle pas, être privé de parole (voire de dessert, à l’occasion). On remarquera que ce sens correspond plutôt dans l’usage moderne de la langue,  au bébé, ce dernier, passant précisément au stade d’enfant par l’acquisition de la parole, vers l’âge de un à deux ans. Pensez au mot enfant, et ce n’est pas le silence qui vient d’abord à l’esprit… bien plutôt le babillage, le bavardage, les histoires qui n’en finissent pas – et au milieu de la classe la maîtresse pose l’index sur les lèvres. Chut… Louis-René des Forêts, auteur du Bavard, a également écrit La Chambre des enfants, nouvelle constituée exclusivement de conversations d’enfants écoutées derrière la porte de leur chambre… Il est vrai qu’à la fin du Xe siècle, lorsque le mot apparaît, les enfants avaient certainement moins voix au chapitre qu’aujourd’hui.

On sait moins en revanche que fable est constitué d’une racine identique à enfant (pha/phe ?)  signifiant éclairer (et qui a également donné phénomène). Et là, soudain, les sens miroitent… Si les fables peuvent nous éclairer sur le sens de nos vies, l’enfant serait, quant à lui, une lumière à faire naître. « L’éducation, ce n’est pas remplir un seau, c’est allumer une flamme », a écrit Yeats.

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Histoires de mots

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Le Petit RobertLes mots ont une histoire et racontent des histoires. Ce sont ces récits de langue qui font la saveur des dictionnaires. Le Dictionnaire historique de la langue française d’Alain Rey (aux éditions Le Robert) est en ce sens une malle aux trésors.

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Écrire

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Le Petit Robert Écrire, c’est d’abord une affaire de grattage et d’incision. Que ce soit par la racine indo-européenne (°sker) ou par la racine germanique (°wreitan) : toutes deux signifient bien entailler, inciser, témoignage des origines matérielles de l’écriture. Écrire de manière incisive, voilà, si on ignore l’étymologie, une forme de pléonasme métaphorique… Car si, aujourd’hui, écrire ne consiste presque plus jamais à creuser la matière (sauf peut-être sur les pierres tombales et la plaques professionnelles), arrimés que nous sommes tous à nos claviers d’ordinateurs, on devrait garder en mémoire cette idée de profondeur et matière liée à l’écriture. Idée que conserve, curieusement, le mot fichier, de nos fichiers informatiques : °figicare, °ficcare, du latin classique figere signifie entre autres « transpercer ». Cela ne manque pas de piquant, en effet…

 

ECRIRE verbe transitif  est issu (vers 1050, escrire) du latin scribere «tracer des caractères», «composer (une œuvre)», qui s’apparente à des termes indoeuropéens signifiant «gratter, inciser», ce qui rappelle l’origine matérielle de la plupart des écritures, gravées sur pierre ou incisées. Voir aussi le schéma.

Le verbe apparaît au sens général de «tracer (pour dessiner, peindre)», «mettre par écrit», valeur qui donne lieu à divers usages. Il est employé intransitivement pour «rédiger une lettre» (après 1250), et dans écrire à quelqu’un (vers 1560).

Il signifie ensuite «inscrire d’une manière durable» (1268) et, par extension, «tracer une inscription» (1395), puis «exprimer (quelque chose) par l’écriture» (vers 1370), aussi absolument (1549) ; de la écrire de quelque chose (vers 1250), écrire quelque chose «écrire au sujet de» (vers 1650) et écrire que «exposer dans un ouvrage».

S’écrire a signifié  «s’intituler (d’un ouvrage)» (fin XIVe siècle) et au XVIe siècle «écrire  son nom». Au XVIe siècle le verbe prend un sens métonymique : «employer telles lettres pour écrire (un mot)».

L’Académie relève au XIXe siècle le sens analogique de «composer en musique» (1835); au XXe siècle, écrire s’emploie avec une valeur extensive pour «inscrire (des informations) dans une mémoire électronique» (après 1960).

La valeur générale a suscité plusieurs locutions : écrire sur l’onde (1672) «oublier quelque chose» et «travailler sans résultat» a disparu ; ce qui est écrit est écrit (1694) «ce qui est convenu par écrit ne peut être changé », correspond aux paroles de Ponce Pilate aux Juifs qui voulaient modifier l’inscription sur la croix du Christ (Évangile selon saint Jean, XIX, 19) ; c’est (c’était) écrit «cela devait arriver», (XIXe siècle), auparavant il est écrit «Dieu l’a décidé » apparait au XVIe siècle dans les premières traductions de la Bible (aussi cela était écrit au Ciel, 1694). Par comparaison, écrire comme un chat (XVIIIe siècle) signifie «écrire très mal».

L’importance de l’écriture dans la civilisation est marquée par toute une série d’emplois figurés anciens. Dès le XIIe siècle on relève écrire a mal (a bonté ) «imputer à » (vers 1175), écrire quelqu’un a rei «le désigner comme roi» (vers 1190) ; ces emplois ont disparu en moyen français. Le verbe a eu aussi les sens de «dénombrer», «décrire», «présenter» (vers 1190), d’où «enregistrer» (fin XIVe siècle), sens qui se maintient jusqu’au XIXe siècle.

Écrire quelqu’un a signifié  «l’enrôler» (vers 1350) et «le commander» (fin XIe siècle).

Enfin au XVIe siècle le verbe prend le sens d’«enseigner (une doctrine) par écrit» (1549). Ces emplois ont disparu à  partir du français classique.

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