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La NRP engage une réflexion sur l’éducation aux médias

Publié le par La rédaction NRP
Radio France / Christophe Abramowitz.

Radio France / Christophe Abramowitz.

L’éducation aux médias, à laquelle sera consacré un prochain hors-série NRP (à paraître en novembre 2016), est depuis longtemps une mission des professeurs, en particulier du professeur de français. Mais la violence des événements actuels rend plus urgente, plus nécessaire, une pratique citoyenne des médias et de l’information.Pour apprendre aux élèves à maîtriser les mécanismes de l’information, des médias du service public ont souhaité s’engager dans des projets concrets. France Inter a ainsi imaginé le dispositif InterClass’ : toute l’année, les élèves de cinq collèges ont fabriqué des émissions qui seront diffusées cet été sur l’antenne de France Inter.

 

Fabriquer une émission qui sera diffusée cet été sur l’antenne de France Inter, c’est la mission confiée par la radio de service public à des élèves de cinq collèges, guidés par des journalistes et des professeurs. Ce dispositif a obtenu le premier prix Éducation aux médias à la neuvième édition des Assises du journalisme à Tours début mars.

Au collège Pierre de Geyter de Saint-Denis, une expérience inédite Par Isabelle Garreau, professeur de français au collège Pierre de Geyter (Saint-Denis)

Nos élèves ont choisi le thème de l’amour, qui s’est construit lors d’une séance de deux heures de brainstorming en septembre. Emmanuelle Daviet est alors venue en classe avec plusieurs revues de presse autour de l’amour, et c’est à partir de ces lectures que nous avons constitué quatre groupes. Les élèves se sont ensuite inscrits dans chacun d’eux : Suis-je libre d’aimer qui je veux ?, L’amour n’a pas d’âge, L’amour en prison, L’amour et les réseaux sociaux. Chaque journaliste aide un groupe à construire une problématique, à resserrer l’angle retenu. Au début des séances, nous écoutons et analysons un zoom de France Inter pour qu’ils se familiarisent avec le format qu’ils auront à produire (4 min 30 par thème). Les journalistes ont organisé des jeux de rôle pour expliquer le fonctionnement des enregistreurs pour les interviews. Nous avons aussi des séances en salle informatique, pour rechercher de la documentation sur les sujets retenus et trouver des interlocuteurs, et d’autres, plus scolaires, pour rédiger les questions et les mails pour demander des rendez-vous. La principale difficulté est de garder le cap sur un projet toute l’année : une fois tous les quinze jours, le rythme est assez lâche. Ensuite, il a fallu vaincre les réticences de certains qui ne souhaitaient pas réellement participer, par timidité pour certains. Et puis, les premiers sondages effectués au début du projet ont montré que d’une façon écrasante les élèves se défiaient des journalistes et de l’information en général, perçue systématiquement comme mensongère. Cependant, l’alchimie du groupe a bien fonctionné et certains élèves sont extrêmement motivés. Plusieurs d’entre eux souhaitent aujourd’hui devenir journalistes, ce qui me paraît être une victoire. Enfin, il a fallu surmonter des difficultés d’ordre technique, par exemple, deux interviews en même temps à deux endroits  différents… Il faut savoir s’adapter et les élèves ont apprécié cette souplesse et cette réactivité dans leur emploi du temps du jeudi. En tant que professeur de français, c’est bien sûr le travail sur la langue, orale et écrite, qui me semble être le point crucial de ce projet. C’est un marqueur social très fort et je souhaite que les élèves puissent se libérer de cette emprise pour avoir accès à d’autres langages. Interviewer un chercheur par exemple nécessite un niveau de langue inhabituel pour eux, travailler dans une ambiance de salle de rédaction le jeudi libère la parole… D’un point de vue citoyen, nos élèves se tiennent aujourd’hui beaucoup plus informés, ils adoptent aussi une attitude critique en apprenant à identifier les sources de l’information. Il y a eu des moments particulièrement forts. J’avais invité deux sociologues du CNRS, Julie Pagis et Sybille Gollac, à nous faire une petite conférence sur le choix du conjoint d’un point de vue sociologique. C’était la première fois que les élèves s’emparaient des enregistreurs, circulaient en silence dans la classe pour suivre la parole des uns et des autres, communiquaient par signes pendant la présentation. C’était intense et pourtant nous étions vingt-six dans la salle ! Je me souviens aussi de notre premier déplacement à Radio France… deux élèves jusque-là très discrètes se sont révélées être d’excellentes présentatrices radio ! Cela a véritablement changé leur rapport à la scolarité.

 

Un deuxième témoignage  et le point de vue d’un journaliste de France Inter sont à découvrir dans le numéro de la NRP collège de mai 2016.

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