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La NRP et vous : Enseigner à la campagne

Publié le par La rédaction NRP

Par Jeanne

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Lorsque j’ai reçu mon affectation, pour mon premier poste, j’ai regardé une carte pour localiser B., une commune distante d’une soixantaine de kilomètres de la ville dans laquelle j’habite, au bout de la quatre-voies, au milieu des champs, au pied des Vosges. La campagne…

 

 

Parmi les questions qui figurent sur la fiche de renseignement que j’ai préparée pour inaugurer l’année, je demande a mes élèves ce qu’ils font de leur temps libre. Si les jeux vidéo et les rencontres avec les copains restent les activités les plus pratiquées ici comme ailleurs, la chasse et la pêche arrivent juste derrière. Dans les couloirs, je m’amuse des bribes de conversation que j’entends. Les records de production de telle race de vache, la maladie de tel taureau reproducteur… Mes élèves customisentleurs classeurs et leurs agendas avec des photos de vaches et de tracteurs, les plus petits s’échangent des figurines de vaches qui d’ailleurs portent bonheur pour les contrôles. Si je menace d’une sanction ou quand je rends une mauvaise note, j’entends souvent s’exprimer leur peur de ne plus pouvoir « aller à la ferme ».
Passé les premiers temps d’étonnement et d’incompréhension – ce monde-la existe encore ?! –, j’ai pris gout à ce qui est encore pour moi une forme d’exotisme. Mais puisque je demande aux élèves de s’intéresser à mes livres, je m’intéresserai à leurs vaches ! Trouver dans la littérature les pages bovines, s’enquérir des inséminations et des vêlages, commercer avec les producteurs locaux… Assez vite, mes efforts portent leurs fruits. On me prend désormais à témoin : « Madame, elle me dit que les vaches ont sept estomacs, c’est n’importe quoi, elles n’en ont que quatre, hein ? »
C’est en rendant visite aux élèves qui font leur stage de 3e dans le milieu agricole que je comprends vraiment l’importance que revêt pour eux cet ancrage rural. Levés depuis l’aube, vêtus de leur cotte, des bottes boueuses aux pieds et une fourche a la main, ils sont aussi crottés que souriants, attablés autour du pâté et du vin rouge que me sert leur tuteur à 10 heures du matin. Je comprends alors que lorsque la documentaliste m’a dit que Le Petit Manuel du bon pécheur et L’Encyclopédie des tracteurs sont les livres les plus empruntés du CDI, ce n’était pas une boutade !
Finalement, je m’habitue aisément au lait frais qu’on m’apporte chaque semaine dans le cartable, au saucisson à l’ail maison qu’on veut me faire gouter a 8 heures, aux rédactions dans lesquelles on me raconte comment soigner une mammite. Les noms de l’inséminateur et du négociant en bestiaux du secteur me sont désormais familiers. La vie de notre collège est imprimée par le rythme des saisons et des récoltes. On sait ici qu’il vaut mieux ne pas programmer une sortie ou un devoir « lorsqu’il y a ensilage ». On sait aussi que pour ces enfants, le travail agricole passe bien avant le travail scolaire. Et alors ? Je n’échangerai pas ma place contre celle de mes collègues des villes. Ces jeunes-là ont le sens et le goût de l’effort, et sont attachés aux valeurs d’un monde qui n’a pas complètement disparu. Quand une mamie ne sait pas écrire un mot, on envoie le petit-fils demander au Professeur, ce même petit-fils qui conduit le tracteur dès lors que ses jambes sont assez longues pour toucher les pédales et qui se lève plus tôt en vacances qu’en période scolaire pour s’occuper des animaux.
Cette année, j’ai reçu un SMS la semaine de la rentrée : « Madame, vous voulé du sanglier ? » C’est un ancien élève désormais en lycée agricole qui pense a moi, pauvre citadine, lors de l’ouverture de la chasse. Échec cuisant pour ce qui est de mon enseignement de la conjugaison, mais j’ai réussi mon intégration à la campagne !

 

Si vous aussi vous souhaitez témoigner, écrivez a nrpediteur@nathan.fr

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Des Fleurs pour Algernon de Daniel Keyes – Présentation de la séquence

Publié le par La rédaction NRP

Une séquence écrite par Anne-Laure Darcel, professeure de lettres modernes au collège Évariste Galois (Meyzieu)

Présentation et problématique

Auteur de science-fiction, Daniel Keyes est surtout connu pour sa nouvelle Des fleurs pour Algernon qui reçoit le prix Hugo en 1960 et dont il tire quelques années plus tard un roman qui sera porté à plusieurs reprises à l’écran. Ses études de psychologie à Brooklyn College ont fortement influencé son œuvre : s’intéressant à tout ce qui touche à cette science, Keyes va puiser dans ses rencontres, ses analyses dans ce domaine pour créer ses romans. Devenu professeur, alors qu’il enseigne dans une classe pour élèves défavorisés, un élève vient vers lui et lui demande de quitter la « classe des idiots parce qu’il veut être intelligent ». De cette remarque naît Charlie Gordon. Plus tard, le cas très médiatisé de Billy Milligan inspire à Keyes deux autres romans.

Le choix du corpus

Ce roman plonge les élèves dans la science-fiction et ses enjeux, pour les faire réfléchir sur les rapports aux autres et sur les conséquences des avancées scientifiques : peut-on tout faire sous prétexte de faire avancer la science ? Est-ce par humanité ou par orgueil que ces recherches sont faites ? Les élèves suivent ainsi l’évolution d’un personnage attachant, de son ascension intellectuelle fulgurante à sa régression ; ils sont partagés entre admiration et effroi pour ce personnage.

La séquence proposée

Le roman prend la forme d’un compte rendu qui devient peu à peu un journal intime. Cette séquence pourra ainsi avoir lieu après l’étude du récit fantastique ou de l’écriture épistolaire. À travers cette séquence, les élèves sont amenés à reconnaître les ressorts psychologiques d’une œuvre de science-fiction ainsi que ses enjeux idéologiques et axiologiques.

À suivre dans le n° collège de mars 2016

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La science-fiction au collège

Publié le par La rédaction NRP

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Natacha Vas-Deyres, docteur en littérature française, francophone et spécialiste de la science-fiction a concocté pour les abonnés de la NRP collège un dossier passionnant autour du genre. Et comme une cerise sur un gâteau, elle a interviewé quatre auteurs de science-fiction pour la jeunesse. Extraits.

La science-fiction, une machine à écrire les futurs.

En 1976, Ray Bradbury, auteur des célèbres Chroniques martiennes (1950), écrivait que la science-fiction était devenue « une littérature centrale de notre temps » : « Nous retrouvons dans chaque récit de science-fiction l’ensemble des problèmes idéologiques, philosophiques et moraux posés par le développement de l’humanité ». La science-fiction, dont la nature originelle est littéraire, s’est métamorphosée aujourd’hui en un domaine culturel polymorphe. Son caractère transmédiatique se décline entre littérature, cinéma, séries télévisuelles, jeux de rôle ou jeux vidéos. Cette transversalité formelle, iconographique, thématique est aujourd’hui intégrée de manière évidente dans la culture des jeunes générations.

Le mot : un américanisme

Pour éclairer les origines, aujourd’hui encore discutées par les exégètes, du domaine science-fictionnel, sans doute faut-il, dans un premier temps, revenir à l’étymologie du mot lui-même. Le terme français « science-fiction » a pour origine l’expres­sion anglaise science fiction, sans tiret, apparu pour la première fois en 1851 sous la plume de l’écrivain britannique William Wilson : « We hope it will not be long before we may have other works of Science Fiction, as we believe such books likely to fulfil a good purpose, and create an interest, where, unhappily, science alone might fail… » (Nous espérons que peu de temps s’écoulera avant de lire d’autres ouvrages de science-fiction que nous croyons capables d’objectifs pertinents et de créer un intérêt, là où, malheureusement, la science a échoué.)
Il faut attendre presque soixante-dix ans pour retrouver l’utilisation de ce néologisme anglophone que Gérard Klein, écrivain et éditeur français, fon­dateur entre autres de la collection « Ailleurs & Demain » chez Robert Laffont, estime être un amé­ricanisme. Hugo Gersnback, créateur du magazine américain Amazing Stories en 1926, est considéré comme le fondateur de la science-fiction aux États- Unis. En 1929, suite à un éditorial qu’il a écrit dans le premier numéro du Pulp Science Wonder Stories, le terme commence à s’imposer en Amérique du Nord, aussi bien dans les milieux professionnels que chez les lecteurs, remplaçant ainsi d’autres vocables alors en usage dans la presse spécialisée comme scientific romance ou scientifiction. Pour les Américains, qui se voient comme les créateurs modernes de la science-fiction, le terme exprime « un courant littéraire nouveau à mettre au service de l’idéal représenté par le Nouveau Monde. [...] En faisant table rase du passé, l’imaginaire moderniste de la nation américaine projette fièrement dans le futur son désir d’âge d’or 3 ».
Les années 1930 ont donné naissance aux plus grands maîtres du genre. En 1937, John Campbell, écrivain déjà confirmé, est nommé à la tête de la revue Astounding Stories 4. Pour lui, la science-fiction n’a pas seulement valeur littéraire : elle propose un outil de réflexion sur l’évolution scientifique de l’hu­manité. Ce travail d’exigence fit en grande partie le succès de la revue. Il aurait eu cependant moins de portée si Campbell n’avait su repérer le talent d’une poignée de jeunes auteurs : Robert Heinlein, Isaac Asimov, Theodore Sturgeon, Alfred Elton van Vogt ou Clifford D. Simak, autant d’écrivains considérés aujourd’hui comme des maîtres de la science-fiction américaine. Leurs œuvres sont devenues des classiques de la littérature mondiale : Une porte sur l’été (Heinlein, 1956), Fondation et Les Robots (Asimov, 1951, 1950), Les Plus qu’humains (Sturgeon, 1953), Le Monde des A (Van Vogt, 1945) 5, Demain les chiens et Le Torrent des siècles (Simak, 1952, 1952).

La science-fiction jeunesse : des écrivains qui rêvent et qui osent

Pierre Bordage, Christian Grenier, Danielle Martinigol et Joëlle Wintrebert, tous quatre romanciers, nous livrent quelques secrets de fabrication d’une science-fiction destinée à un jeune lectorat.

Pourquoi, en tant qu’écrivain de science-fiction – entre autres –, avez-vous choisi d’écrire pour un jeune public ?

Christian Grenier : Si j’ai choisi, en 1968, d’écrire de la science-fiction, Barjavel et les missions Apollo y étaient pour beaucoup. Depuis l’adolescence et le lancement du premier Spoutnik (1957), j’étais passionné par l’astronomie et je suivais les progrès de la conquête spatiale. À la suite du chagrin de mon épouse qui venait d’achever, en pleurs, la lecture de La Nuit des temps, j’ai décidé d’écrire spécialement pour elle « un roman de science-fiction qui se terminerait bien ». Seule destinataire de ce récit, elle m’a encouragé à le publier. C’est Tatiana Rageot, qui avait alors 70 ans, qui l’a édité, et à ma grande surprise, je suis devenu un « écri­vain de science-fiction » pour les garçons de 14-15 ans.

Danielle Martinigol : L’écriture est un processus d’imitation. On lit, on aime, on imite, on écrit. Je parle là d’enthousiasme, d’admiration, d’amour pour un genre et des auteurs qui génèrent l’envie d’en faire autant. J’ai découvert la science-fiction à onze ans avec les romans de la collection « Anticipation » que lisait mon grand-père. Devenue professeur de lettres, j’ai cherché des romans adaptés pour faire découvrir le genre à mes élèves. J’en ai trouvé d’excel­lents, mais peu. Le besoin d’imitation s’est alors installé, lentement… J’ai mis cinq ans pour écrire L’Or bleu.

Pierre Bordage : Je ne l’ai pas vraiment choisi. Alain Grousset, directeur de la col­lection « Ukronie » chez Flammarion, me l’a proposé. Résultat, j’ai écrit trois romans : Ceux qui sauront, Ceux qui rêvent et Ceux qui osent. Auparavant, j’avais adapté le film d’animation Kaena, la prophétie, pour lequel j’avais été scénariste au tout début.

Joëlle Wintrebert : Je n’ai pas non plus vraiment choisi d’écrire pour un jeune public, j’étais même plutôt réticente. Cas­terman, l’éditeur de la collection « L’Ami de poche », m’a sollicitée avec insistance en m’assurant que l’écriture à destination d’adolescents n’était pas différente de l’écri­ture pour adultes, à l’exclusion du sexe et de la violence. Ainsi est né Nunatak, devenu Les Gladiateurs de Thulé chez Flammarion.

À suivre… dans le numéro collège de mars 2016

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Réforme du collège : La NRP vous accompagne

Publié le par La rédaction NRP

Les modalités de la réforme se précisent. La NRP concocte un programme pour vous accompagner, sans rien abandonner de ses exigences.

Pour préparer les EPI, en attendant un numéro spécial en novembre prochain, vous pouvez dès à présent vous appuyer sur le travail interdisciplinaire proposé dans le numéro de janvier consacré à des projets lettres/histoire des arts, en particulier en 4e autour de la légende napoléonienne.

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Le Français dans les nouveaux programmes pour l’école et le collège

Publié le par La rédaction NRP

La première version du projet de programmes que Le Café pédagogique s’est procurée induit un changement profond dans l’esprit et la lettre du texte officiel.  Si l’orientation choisie est confirmée, ces programmes ne sont plus le bréviaire qu’on a connu mais une feuille de route.

La scolarité suivra désormais 4 cycles de trois ans. La 6e appartient au cycle 3, la 5e, 4e, 3e constituent le cycle 4. Le projet fixe seulement des objectifs à atteindre en fonction des compétences à maîtriser, ce qui a pour conséquence un accroissement considérable de la liberté pédagogique.

Un exemple pris dans les programmes de 4e pour illustrer le changement de cap :
Réalisme : films, fiction audiovisuelle, peinture

 
Programme de 2008 :
Le récit au XIXe siècle :  Le professeur fera lire au moins deux œuvres choisies dans les deux entrées suivantes : – une nouvelle réaliste et/ou une nouvelle fantastique, intégralement ; – un roman, intégralement ou par extraits. Les œuvres sont choisies parmi celles d’auteurs français ou étrangers : Honoré de Balzac, Victor Hugo, Alexandre Dumas, Prosper Mérimée, George Sand, Théophile Gautier, Gustave Flaubert, Guy de Maupassant, Emile Zola ; E. T. A. Hoffmann, Alexandre Pouchkine, Edgar Allan Poe, Nicolas Gogol, Charlotte ou Emily Brontë, Ivan Tourgueniev.
 
Projet de programme de 2016
La fiction pour interroger le réel
Repères : nouvelles et romans réalistes
Réalisme : films, fiction audiovisuelle, peinture

Reste la question de la langue. La maîtrise de la langue est affirmée dans les nouveaux programmes comme un objectif prioritaire. Pourtant, on note peu d’évolution de ce côté : la langue reste intégrée à la séquence :  « Des séances spécifiques en étude de la langue peuvent se trouver justifiées à l’intérieur de la séquence. L’étude de la langue se fait néanmoins prioritairement dans une dynamique d’ensemble incluant activités de lecture, d’écriture et d’oral dans une même perspective de développement des compétences langagières.»
Attention, rien n’est définitif dans ce texte. Il ne le sera qu’en septembre 2015, à l’issue de la consultation organisée par le ministère.

Cliquez pour voir la progression envisagée pour le cycle 4.

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