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Rire et séduire…

Publié le par La rédaction NRP

Par Gabrielle Djouab de Critikat

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La sortie récente en version restaurée de Sérénade à Trois d’Ernst Lubitsch nous donne l’occasion de nous pencher sur le genre de la screwball comedy, né dans les années 1930 aux États-Unis. On y trouve un rapport renouvelé entre le masculin et le féminin fondé sur la rivalité mais aussi sur le partenariat ludique1. C’est le cas dans une séquence de L’Impossible Monsieur Bébé de Howard Hawks, où l’héroïne féminine, excentrique et extravertie, prend le dessus en poursuivant un homme dépassé par les événements.

La bataille des sexes

Katherine Hepburn y incarne une héritière irresponsable et fantasque qui met à mal les plans rigoureux du paléontologue incarné par Cary Grant en l’attirant dans une série de péripéties loufoques. L’intégralité de l’affrontement met en valeur la nature conflictuelle de la séduction : ils descendent et remontent l’escalier dans un jeu de poursuites dont la violence se matérialise par le déchirement des vêtements. Ainsi, la figure du chasseur et de la proie se substitue à celle du séducteur courtois et de sa dulcinée. Or, l’hostilité émane davantage de la chasseuse : Susan semble éprouver une sorte de plaisir cruel à mettre David Huxley dans des situations délicates. L’agacement mutuel entre les personnages souligne un trait essentiel de la screwball comedy : la mise en scène de différences idéologiques et sociologiques radicales entre l’homme et la femme. Là où Susan Vance représente une forme de spontanéité irresponsable, David incarne, au contraire, un cartésianisme exacerbé. Susan appartient à une forme d’aristocratie oisive dans laquelle évoluent les hommes puissants que l’intellectuel Huxley ne parvient jamais à rencontrer. Il ne cesse, par exemple, de manquer ses rendez-vous avec avec Mr. Peabody.

La flapper

Dans un certain nombre de screwball comedies l’héroïne féminine est une femme très investie dans un environnement professionnel (His Girl Friday, Howard Hawks, 1940). Le nouveau modèle féminin de la flapper, femme dynamique qui entretient une relation plus égalitaire avec les hommes, est apparu dans les années 1920. Susan Vance en présente certains traits dans la dernière scène, notamment dans l’indignation qui prend la forme d’une revendication d’autonomie : « Quand je suis en colère, je suis en colère. » Elle se caractérise également par une vitalité physique exaltée par les magazines de l’époque. Sa longue robe lamée associée à un voile sur le visage constitue un costume relativement peu sexualisé. Les rubans, qui encadrent son visage et semblent défier la gravité, lui prêtent une aura très étrange. Lorsque les gestes désordonnés de Susan la conduisent à commettre des maladresses comme déchirer le smoking de son partenaire et sa propre jupe, ces mises à nu soulignent métaphoriquement son aspiration à une forme d’authenticité naturelle loin d’un glamour plus hiératique.

Repenser le contrat de mariage

« Jouons à un jeu » : la suggestion de David Huxley enthousiasme immédiatement Susan Vance dont le visage trahit une euphorie enfantine. Il n’y a là rien d’étonnant si l’on considère que la séduction dans la screwball comedy entraîne très souvent une part de jeu de rôles. Les héroïnes prennent plaisir à multiplier les déguisements pour désorienter leurs amants. À bien des égards, le duo se livre ici à un numéro de music-hall, tant l’un et l’autre s’accusent de se donner en spectacle. La décennie précédente, caractérisée par un pic de divorces, a fait naître un nouveau discours sur le mariage, véhiculé par la publicité et par des réformateurs libéraux. L’union doit être un partenariat librement consenti, fondé sur l’amitié tout autant que sur la tendresse. On trouve des traces de cette injonction à l’équilibre dans les scènes d’affrontement. La fusion comme solution à l’embarras est presque chorégraphiée dans un pas-de-deux improvisé où les corps se mettent à marcher à l’unisson. Qu’il s’agisse de sauver Earl Williams dans His Girl Friday, ou d’organiser une fuite dans New York-Miami (de Frank Capra, 1934) l’héroïne de screwball comedy est avant tout celle qui réveille des énergies vitales, qui propose une entreprise déroutante, une « aventure » au sens propre du terme.

L’Impossible Monsieur Bébé de Howard Hawks, avec Katharine Hepburn et Cary Grant, DVD, Warner Bros, collection « Patrimoine ». La scène étudiée est à visionner sur le lien suivant https://tinyurl.com/hawksbringingup

1. C’est le cas aussi dans Un cœur pris au piège de Preston Sturges, (1941) ou L’Extravagant Mr. Deeds de Franck Capra (1936).

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La Cour de Babel : entre les murs d’une classe d’accueil

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Par Gaëlle Bebin

La Cour de Babel, Julie Bertuccelli

Cinq ans après Entre les murs, un film plonge à nouveau le spectateur dans la vie d’une classe de français dans un collège difficile de l’Est parisien tout au long d’une année : La Cour de Babel de Julie Bertuccelli, au cinéma à partir du 12 mars. Ce documentaire est né d’une rencontre, lors d’un festival de film scolaire, entre la réalisatrice et un professeur en classe d’accueil, Brigitte Cervoni.

Le réalisateur Laurent Cantet avait trouvé son inspiration dans le livre Entre les murs, où François Bégaudeau créait des scènes tirées de son expérience de professeur de français. Le film, remarquable, est une fiction avec d’authentiques élèves et des situations de classe reconstituées, plus vraies que nature. On y voit la solitude du professeur face au groupe en rébellion contre les règles et l’autorité, la lutte épuisante pour tenter d’instaurer le respect, de transmettre la maîtrise de la langue, le goût du mot juste. La Cour de Babel montre un autre aspect de l’école. Très émouvant, ce film suit l’année particulière d’une vingtaine d’élèves de cultures différentes qui viennent d’arriver en France. Inscrits dans une classe qui leur laisse le temps d’améliorer leur français et de s’adapter au collège pour rejoindre ensuite une classe ordinaire, ils apprennent aussi à se connaître, prendre confiance, former de nouvelles racines, réfléchir à ce que sera leur avenir. Les conditions de vie sont pour certains d’entre eux difficiles, et les relations avec les autres élèves du collège sont malaisées. Des tensions s’expriment également dans la classe mais elles s’y apaisent parce que la classe d’accueil est vécue comme une chance plutôt que comme une obligation, parce qu’elle est un lieu de vie et d’échanges autant que d’apprentissage, et que celui du français est pour eux le meilleur moyen de s’intégrer et de réussir.

 

Entretien avec Brigitte Cervoni

G. B. : Dans quel objectif avez-vous autorisé la réalisatrice Julie Bertuccelli à filmer vos cours et vos rencontres avec les parents des élèves pendant une année scolaire ?
B. C. : Je n’aurais pas laissé un journaliste venir quelques jours chercher le sensationnel. Julie a un regard bienveillant, nous avons beaucoup échangé, elle a pris le temps de poser sa caméra en venant deux fois par semaine pendant un an. Ayant fait l’impasse sur les moments d’apprentissage du français écrit, elle n’a pas fait un film pédagogique. On découvre plutôt comment ces élèves réussissent à établir une fraternité. La Cour de Babel montre l’apprentissage de la tolérance, l’importance de la laïcité pour vivre ensemble harmonieusement, l’égalité des chances qu’offre l’école, la résilience aussi – malgré une histoire parfois très difficile, ces jeunes vont de l’avant.

G. B. : Quelles sont les particularités de l’enseignement en classe d’accueil ?
B. C. : Les élèves et leur professeur passent une dizaine d’heures par semaine ensemble. La classe est très hétérogène du fait de la grande différence entre les âges (de 11 à 16 ans), les langues, les cultures, les parcours. Certaines familles sont là parce qu’elles demandent l’asile (fuyant la persécution, le mariage forcé), parce que les parents ont perdu leur travail dans leur pays, ou qu’ils recherchent de bonnes études pour leurs enfants. Ils placent tous leurs espoirs dans le pays d’accueil. Ce qui réunit ces élèves est une grande appréhension en arrivant dans un pays dont ils ne maitrisent pas la langue, et un désir très fort de réussir. C’est sans doute moins le cas des jeunes issus de l’immigration qui ont vu les espoirs de leurs parents déçus.

G. B. : La pédagogie que vous utilisez peut-elle inspirer celle des professeurs en classe ordinaire ?
B. C. : Ce qu’il faut, en classe d’accueil comme en classe ordinaire, c’est mettre en place une vraie différenciation pédagogique pour proposer à chacun ce dont il a besoin – des moments en commun et des travaux par groupes de niveau par rapport à un même thème d’apprentissage. Il faut aussi, partout, valoriser les réussites, en partant de ce qu’ils savent, pas de ce qu’ils ignorent. L’évaluation ne doit pas être vue comme une sanction douloureuse, elle est au service des apprentissages, elle vérifie que l’élève a ou non les compétences. Une mention, comme les félicitations par exemple, devrait prendre en compte moins le niveau atteint que les progrès accomplis.

G. B. : Le cinéma est présent dans votre pédagogie puisque vous faites participer vos élèves à la réalisation d’un film, présenté au festival du cinéma scolaire Ciné-Clap à Chartres. Comment ce projet est-il mené ?
B. C. : Entre collègues (d’école, de lycée professionnel et de collège), nous nous fixons tous les ans une thématique et une contrainte de forme communes. Cette année-là, ce furent la différence et le documentaire. Dans le cadre du dispositif École et Collège au cinéma, nous choisissons un film au programme qui va servir de support à la réflexion. J’organise un brainstorming pour que les élèves trouvent des idées de thèmes à aborder, de scènes à tourner ; nous étudions les types de plans, de cadrages, nous nous interrogeons sur la présence ou pas d’une voix off, de musique, avec quels droits… Les élèves conçoivent le storyboard, une intervenante les aide à filmer, à monter. Le titre de notre film : Élèves d’ici venus d’ailleurs.

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Jack, Victor, Alice, Edward, Charlie, et les autres…

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Exposition Tim BurtonMaintenant que vous en savez un peu plus sur Tim Burton… découvrez en images son œuvre et son univers dans un voyage, inédit en Europe, proposé par la Cinémathèque de Paris…

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Tim Burton s’expose à la Cinémathèque…

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Tim Burton sur le plateau des « Noces funèbres » (Corpse Bride) de Tim Burton et Mike Jonhson

Quand on parle de Tim Burton, on pense d’abord au réalisateur d’Alice au pays des merveilles, Charlie et la chocolaterie, Edward aux mains d’argent, etc. Mais Tim Burton est un également un artiste de talent, dessinateur, peintre, sculpteur et photographe, dont nous pourrons découvrir le travail à la Cinémathèque de Paris à partir du 7 mars prochain.

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Au cinéma, échec et réussite du dialogue entre communautés

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Par Gaëlle Bebin

Une bouteille a la mer copyright TSproductionsUne bouteille à la mer de Thierry Binisti, qui sort le 8 février, et La Désintégration de Philippe Faucon, sur les écrans le 15 février, montrent les trajectoires opposées de deux jeunes hommes confrontés aujourd’hui au terrorisme, ici et là-bas.

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Enfance et adolescence dans « Collège au cinéma »

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Par Gaëlle Bebin

Le personnage de François dans L’enfance nue, image extraite du film

Le personnage de François dans L’enfance nue, image extraite du film

Trois films par an, accompagnés d’un projet pédagogique mené par les enseignants : « Collège au cinéma » donne l’opportunité de voir, de la 6e à la 3e, des films aussi différents que Les Glaneurs et la Glaneuse d’Agnès Varda, Persépolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, Mon oncle de Tati, Les Temps modernes de Chaplin… Cette année, quelques nouveaux longs métrages s’ajoutent à ceux qui, parmi la cinquantaine de films programmés, s’attachent à décrire la dureté particulière au monde de l’enfance et de l’adolescence, lorsque le passage à l’âge adulte du personnage principal s’esquisse prématurément à travers une série d’expériences déterminantes.

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