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Travail de mémoire : commémorer l’Armistice

Publié le par La rédaction NRP

Par Clémentine Coudray

Armistice« […] l’Armistice, c’est d’abord la fin de la sidération et l’amère découverte des ruines et de la résilience impossible […] » Cynthia Fleury, « Des nuits sans fin ».

Initié par la Mission du Centenaire de la Première Guerre mondiale, Armistice, à paraître chez Gallimard, donne à lire et à voir témoignages, souvenirs, récits et visions d’une trentaine d’auteurs de nationalités différentes ; un beau-livre illustré aux multiples voix qui dit l’empreinte de la Grande Guerre dans les esprits d’aujourd’hui.

Quelle place tient la Première Guerre mondiale dans les imaginaires du XXIe siècle ? Qu’évoque-t-elle chez les écrivains ? Ce recueil tente, par la pluralité des visions, des évocations, des souvenirs qu’il offre, d’approcher de qu’a été et ce que représente cette trêve des combats, survenue un 11 novembre 1918 à 11 heures du matin. Des tons et des histoires qui s’entrechoquent, se souviennent, exorcisent peut-être, relient hier à demain. Passé et présent s’entrelacent, et l’on se demande, comme Pierre Bergounioux, si l’on en finira, un jour, avec les séquelles de la Grande Guerre.

Car l’Armistice, certes, renvoie à la fin des hostilités, à la joie de la paix retrouvée. Mais elle porte surtout en elle la conscience de plusieurs millions d’âmes ébranlées, le souvenir des atrocités passées, le spectacle de leurs conséquences et la crainte – l’intuition –, que ça revient déjà. Plus qu’un recueil traitant de la paix, il s’agit ainsi, dans cet ouvrage, d’élargir les perceptions. Les œuvres graphiques, elles, sont produites par des artistes contemporains de la Guerre. Dessins, gravures, aquarelles, gouaches font écho à la pluralité des récits et à la complexité de l’Histoire. Ici le trait cinglant et sombre d’Otto Dix, là les aplats colorés et expressifs de Charles Barclay de Tholey. Écrits d’aujourd’hui, œuvres graphiques d’hier, ce bel ensemble lègue à la postérité une mémoire vive et bigarrée, aussi bien textuelle que visuelle.

Entretien

À un an de la fin de son mandat, Alexandre Lafon, conseiller pédagogique et historique de la Mission du Centenaire, rappelle le rôle de l’école dans la transmission de la mémoire collective.

Quel est la place des projets pédagogiques au sein de La Mission du Centenaire ?
2 000 projets pédagogiques ont déjà été labellisés depuis 2013 : ebook, musée virtuel, expositions, spectacles autour de témoignages de soldats, mini films sur la vie à l’arrière, travaux de reconstitution de chars ou de tranchées. Beaucoup de ressources pédagogiques ont été produites pour les classes : par exemple, sur le portail national centenaire.org, le dossier intitulé « Six dates, six textes », comporte des extraits d’œuvres de témoins et d’écrivains qui peuvent être utilisés en classe.

Transmet-on l’Histoire de la même manière aux enfants et aux adultes ?
Il est important de montrer aux jeunes l’intérêt des commémorations, c’est-à-dire l’intérêt de l’histoire, et celui de la mémoire. Pour nous, l’important n’est pas d’être dans l’injonction d’un devoir de mémoire, mais d’effectuer un travail de mémoire, pour comprendre les enjeux contemporains du passé. Il s’agit d’intéresser les enseignants et d’impliquer les élèves dans un passé très éloigné d’eux, alors que beaucoup d’adultes de plus de cinquante ans ont encore un rapport mémoriel direct à la Première Guerre mondiale.

Y a-t-il une évolution dans la manière de transmettre l’Histoire, avec notamment l’émergence des nouvelles technologies ?
En un clic, Internet offre la possibilité de trouver des trésors d’archives. On a aujourd’hui la possibilité d’accéder à des registres matrimoniaux, des journaux des marches et opérations ou des journaux de tranchées. L’outil informatique est aussi un outil ludique. En 2014, la Mission du Centenaire a accompagné la création d’un jeu vidéo adressé aux collégiens de 3e : Valiant Hearts, par Ubisoft. Ni uniquement ludique, ni serious game, il propose une voie médiane, « ludo-pédagogique ». Il contient des petits textes explicatifs, et le graphisme, emprunté à celui de la bande dessinée, est néanmoins très fidèle à la réalité de l’époque.

Quel serait le rôle de l’école et des enseignants, dans cette mission de transmission ?
Les commémorations et la Grande Guerre sont un enjeu contemporain encore fort : un élève ne peut pas comprendre son espace proche, s’il ne sait pas qui est Foch, Clémenceau, la Marne, la Somme ou Verdun. Le dernier soldat français de la Grande Guerre, Lazare Ponticcelli est mort en 2008. Avec la disparition des témoins, Le Centenaire a été, il me semble, une étape dans la prise en main par l’école de la question mémorielle de la Grande Guerre. Ce qui est important est de rendre les élèves actifs dans les projets, et acteurs dans le rituel commémoratif.

Publié le par La rédaction NRP
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