Se questionner sur la notion d’héroïsme avec Jean-Paul Kauffman

Publié le par La rédaction NRP
Jean-Paul Kauffmann

© D.R.

Notre séquence sur Le Colonel Chabert en 4e permet d’engager une étude du réalisme. Mais c’est aussi l’occasion de proposer aux élèves un véritable questionnement sur la notion d’héroïsme, à travers l’entretien que nous a accordé Jean-Paul Kauffmann, auteur d’Outre-terre, un récit sur la bataille d’Eylau. En voici un extrait.

Et Chabert, quel écho trouve-t-il chez les hommes d’aujourd’hui ?
Chabert, c’est le revenant. On peut davantage s’identifier à lui aujourd’hui qu’au XIXe siècle. Les nombreuses guerres qui ont ravagé le monde au XXe siècle le rendent encore plus contemporain. C’est un personnage inépuisable. Ne sommes-nous pas tous des revenants, dans la mesure où l’on revient de prison, de camp de concentration, d’une maladie ? Pour moi, Le Colonel Chabert est un livre sur les revenants, les spectres, les fantômes. Comparable à un volcan – parfois éteint, parfois en éruption –, le colonel Chabert n’est plus de son temps. Il est un sans-papiers, un enfant trouvé et un enfant de la Révolution. La première version du roman de Balzac s’intitulait La Transaction et la seconde La Comtesse a deux maris, ce qui mettait l’accent sur Rose, sa femme qu’il aime toujours et qu’il ne parvient pas à récupérer. Sa nomination au grade de colonel dans l’armée impériale, la Grande Armée, en fait un pur produit de l’ascension sociale. Il a combattu en Égypte, à Iéna. Il veut retrouver son identité à son retour, mais il dérange. Comme les revenants, il est repoussé par tout le monde.

D’où vient la séduction du personnage ?
Le Colonel Chabert est une histoire bouleversante, éminemment tragique, mais aussi très drôle quand on se met à la place du personnage. Il voit bien que les autres lui font des crasses, et pourtant il leur oppose un stoïcisme remarquable. Dans une des versions du texte, il admet que sa femme soit remariée mais demande à exercer son devoir conjugal deux fois par mois (Rose est une ancienne prostituée)… Le personnage de Derville, qui s’est pourtant au départ présenté comme l’avoué de la comtesse Ferraud, fait aussi preuve d’une distance amusée, presque ludique. Le jeu de Balzac avec ses personnages est savoureux. Ceux du Colonel Chabert apparaissent ailleurs dans La Comédie humaine. La comtesse Ferraud devient ainsi la dernière maîtresse de Louis XVIII. L’avoué, qu’on retrouve dans Le Père Goriot, représente une profession qui a disparu. Contrairement à l’avocat, il ne plaide pas : ses plaidoiries sont écrites. Il prononce cette phrase qui laisse augurer de nombreuses intrigues romanesques : « Nos études sont des égouts qu’il est impossible de curer. »

Chabert est-il un héros ?
Dans une certaine mesure, bien sûr. Chabert se présente d’abord comme celui qui commandait un régiment de cavalerie à Eylau, sous les ordres de Murat. Son rôle est déterminant dans le succès de cette charge de cavalerie – la plus grande charge de cavalerie européenne de l’Histoire, qui rassemble près de 12 000 cavaliers contre l’armée russe. Après sa blessure, il mène une vie d’errance qui dure un an. Finalement, il revoit Paris. Mais ce n’est pas seulement le soldat qui est un héros. Il l’est aussi dans son opiniâtreté, dans sa façon d’apprécier le genre humain. Il y a beaucoup de sagesse dans sa décision de retourner d’où il vient, c’est-à-dire à l’anonymat. À la fin du roman, il redevient en effet l’enfant trouvé, un homme sans nom.

Lire la suite de l’interview dans le numéro NRP collège de novembre 2016.

 

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