Rencontre avec Elisabeth Charpentier, professeur de lettres

Publié le par la redaction nrp

ELISABETH CHARPENTIER

En cette rentrée nous vous proposons une interview d’Élisabeth Charpentier, professeur de lettres et d’allemand à Saint-Nicolas-lez-Arras dans le Pas-de-Calais.  Sa participation aux Timbrés de l’orthographe, qui a eu lieu en juin,  dernier nous a permis de revenir sur sa façon d’enseigner la langue.

NRP : Élisabeth Charpentier, qui êtes-vous ?

Élisabeth Charpentier : Je suis professeur de lettres et d’allemand, j’ai bientôt 58 ans et j’exerce depuis 39 ans en collège. Actuellement, je suis au collège Verlaine de Saint-Nicolas-lez-Arras : j’enseigne tour à tour l’allemand – en LV1 comme en LV2 – et le français, ce à tous les niveaux, à savoir en 6e, 5e, 4e et 3e.

NRP : Avez-vous des conseils à donner aux  jeunes enseignants vivant leur première année scolaire ?

É.C. : Il est toujours difficile de donner des conseils aux autres, mais  je crois qu’il faut faire les choses comme on les sent, c’est-à-dire enseigner ce qu’on aime.  Évidemment cela impose qu’il faille aimer beaucoup de choses, sinon notre enseignement s’avère pauvre. À partir de là, tout est possible. Il faut savoir réinventer ses cours sans arrêt pour accrocher les élèves ce qui devient de plus en plus dur à cause d’Internet. Il faut entraîner les élèves dans toutes sortes de lectures, toutes sortes de rêves, pour enrichir leur vocabulaire, affiner leur sensibilité et les amener ainsi à chercher toujours le mot juste, à raisonner sur des phrases complexes, à maîtriser les figures de style pour qu’ils puissent jouer de diverses manières avec les mots.

NRP :   Comment aborder  l’apprentissage de la grammaire ?

É.C. : Je pense qu’il faut éviter au maximum les grands cours de grammaire,  les grands thèmes qui s’éternisent, et plutôt utiliser toutes sortes de supports et de thèmes, et chaque fois que c’est possible, en extraire un point de grammaire à étudier en une séance : enfin, tout dépend aussi des classes qu’on a. Il y a des classes avec lesquelles tout passe, d’autres avec lesquelles tout casse.  En règle générale il faut jongler sans arrêt entre le «trop» et le «pas assez». Si l’on sent qu’on peut «faire plus» en matière d’analyse grammaticale, on fonce. Si l’on sent qu’il vaut mieux passer à autre chose, il ne faut pas hésiter non plus. Eh oui ! Les élèves (en tout cas les nôtres, en ZUP) ne sont pas très friands de «grammaire ou de vocabulaire ou de dictées» : cela les renvoie trop souvent à leurs difficultés. C’est pour ça qu’il faut apprendre à «doser» et varier au maximum les plaisirs, car tout doit être plaisir.

NRP :   Et pour l’orthographe ?

É.C. : À mon avis il  faut faire apprendre un maximum de textes aux élèves, poèmes, chansons, sketches, tirades ou autres, et leur demander des autodictées, en plus des dictées «classiques» : il est important, me semble-t-il, qu’ils mémorisent le plus de mots et de structures possibles, dès leur plus jeune âge, et qu’ils en soient récompensés par de bons résultats ou autres. Il faut solliciter leur vigilance aussi, car ils croient souvent, à tort, ne pas avoir commis de fautes sous prétexte de connaître le texte.

NRP :   Comment motiver et accrocher  les élèves ?

É.C. : Il faut savoir faire bouger les élèves (théâtre, poésie, sketches), les interroger tous (pas seulement les meilleurs), les envoyer très souvent au tableau, les faire lire tous à tour de rôle (sans jamais les forcer), leur montrer l’exemple en lisant, en interprétant ou en jouant, leur donner les moyens de réfléchir à toutes sortes de choses, leur apprendre à maîtriser tous les outils de la parole dont la grammaire, le vocabulaire, et l’orthographe qui les accompagne, leur donner la parole le plus souvent possible : il faut bien sûr que cette  parole soit constructive.
Tout cela converge vers un même but: ouvrir l’enfant au monde, à la réflexion, à la tolérance, à l’information, et faire en sorte qu’il se sente mieux dans sa peau, qu’il n’ait plus peur de faire des fautes et se voie peu à peu capable de les repérer et de les corriger seul, qu’il apprenne à aller seul vers les « livres » et les outils de l’information, qu’il n’hésite pas à prendre la parole en public, de façon sensée, dans n’importe quelle circonstance, en s’appropriant les mots appris, les mots des autres pour construire peu à peu sa propre pensée.

NRP :   D’un point de vu personnel, comment appréhendez-vous les difficultés liées à l’orthographe, la grammaire et la conjugaison ?

É.C. : En pratiquant fréquemment, en lisant pas mal, en consultant le plus souvent possible grammaires et dictionnaires, en cherchant l’étymologie des mots parfois, en faisant des tests, des exercices, des jeux portant sur la langue, en raisonnant aussi de façon logique, en faisant des associations de sens, en repérant les racines quand c’est possible… mais c’est surtout la lecture qui l’emporte.

NRP :   Pour finir, revenez un peu sur le concours pour lequel  vous avez reçu le prix spécial du jury, vos élèves y ont-ils également participé ?

É.C. : Je m’y suis  inscrite et j’ai entraîné dans mon sillage les élèves volontaires dès que j’ai entendu parler du nouveau concours national d’orthographe parce que j’avais participé, avec mes anciens élèves, à presque tous les Dicos d’Or de Bernard Pivot, de 1995 à 2005, et que ça me manquait. Mes anciens élèves, lorsqu’il m’arrive de les rencontrer, m’en parlent encore, et ceux d’aujourd’hui sont déjà partants pour l’an prochain.

NRP :   Participer à ce concours a-t-il eu une incidence sur vos élèves ?

É.C. : Oui,  ça les a aidés  à prendre conscience de l’importance d’un texte bien écrit ; on ne reçoit pas ses invités à une table dont la nappe et les couverts sont souillés, pas plus qu’on écrit à quelqu’un en souillant son épître de toutes sortes de fautes ; c’est une forme de respect que de prêter attention à ce qu’on écrit, et l’on se doit de respecter ses correspondants quels qu’ils soient, au même titre qu’on respecte ses invités.

NRP :   Et pour vous, cela a-t-il changé votre façon d’enseigner ?

É.C. : Cela a eu une incidence sur mes cours à l’époque de Pivot : j’ai diversifié mon enseignement et j’ai adapté mes exercices à mes supports et mes thèmes.

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