Rencontre avec la danseuse étoile Alice Renavand

Publié le par La rédaction NRP

Propos recueillis par Alexandra Guidal

Alice Renavant - photo Frédéric Poletti

© Frédéric Poletti

Depuis le début de sa carrière Alice Renavand a travaillé avec les plus grands chorégraphes contemporains : Pina Bausch, Mats Ek, Jiří Kylián, Angelin Preljocaj… et a dansé quelques grands rôles classiques, Kitri dans Don Quichotte (Noureev), Paquita, dans le ballet du même nom (Lacotte) ou plus récemment Lise dans La Fille mal gardée (Ashton). Elle sera en novembre à Garnier dans le très jazzy Fancy Free de Jerome Robbins puis à Bastille dans Cendrillon version Noureev.

Comment vous appropriez-vous les rôles classiques pour en donner votre propre interprétation ?
La personne qui nous fait travailler un rôle influe beaucoup, ainsi que le visionnage de vidéos d’anciennes distributions. Par exemple, pour Don Quichotte, j’ai vu plein de vidéos de Kitri et certaines m’ont plu plus que d’autres. Même sans reproduire ce qui a été fait, on aime s’inspirer de certaines danseuses. Après, c’est le travail en studio avec le répétiteur qui fait que l’on va proposer certaines choses qui vont être validées ou non, et qui vont permettre de faire évoluer le personnage. Il y a aussi une réflexion permanente hors studio. C’est l’ensemble de ces réflexions qui construit notre propre interprétation du rôle. Et pour donner de l’émotion, j’aime me mettre dans le contexte, m’imaginer les gens, dans quel pays on est, voire même la température qu’il fait. Planter le décor. Dans beaucoup de ballets, le décor et la période jouent beaucoup. J’adore m’imaginer tout ça, c’est très important pour moi d’humaniser, de faire comme si j’étais dans un film, pour rendre les émotions, la manière d’être pour être plus réelle, plus actuelle. Ces ballets classiques sont géniaux car finalement même si la technique est difficile, on a une grande liberté d’interprétation.

Et comment arrivez-vous à véhiculer de l’émotion par le geste ?
Déjà, l’interprétation au niveau du visage est très importante. Il y a mille façons de faire un geste écrit dans une chorégraphie, la jambe croisée, le buste en torsion. Le corps aussi donne cette émotion et cette compréhension du moment, et c’est ça qui est magnifique avec la danse. C’est Laurent Hilaire1 qui m’a enseigné toute cette gestuelle, tout ce qui fonctionne scéniquement.

Et pour les ballets contemporains sans histoire ?
La question principale est quelle idée l’on veut véhiculer. Dans certains pas de deux, même s’il n’y a pas d’histoire, il va y avoir une manière d’être avec son partenaire. Dans sa tête on va se dire qu’on est mélancolique, dans la séduction ou au contraire dans un rejet ou une frustration. Quand les chorégraphes créent un pas de deux, ils ont toujours une idée de ce qu’ils souhaitent, une couleur, une ambiance. La musique aussi donne le ton. Elle influe beaucoup, presque plus que pour un grand classique.

Comment se passe la relation avec les chorégraphes quand vous créez un rôle ?
C’est une autre expérience complètement différente. Chaque chorégraphe a sa manière de travailler, il y a des chorégraphes qui viennent avec leur chorégraphie tout prête et d’autres qui donnent un cadre, et qui modèlent sur vous ensuite. C’est super d’essayer d’arriver au plus proche de ce qu’il veut, de son style. Mais création ou pas, travailler avec le chorégraphe, c’est irremplaçable. Ce qui me plait le plus dans les créations, c’est la rencontre avec la personne. Il y a quelque-chose d’impressionnant à se retrouver devant ses idoles.

Parmi tous ces rôles, vous en avez un favori ?
C’est difficile d’en choisir un. Évidemment, il y a Orphée et Eurydice de Pina Bausch que j’ai dansé pour la première fois dans le corps de ballet en tant que coryphée et que j’ai repris de nombreuses fois depuis à différents moments de ma vie. J’ai aussi adoré Kaguyahime de Kylián et Don Quichotte pour les rôles classiques. Et l’un de mes rôles préférés que je n’ai encore jamais dansé, c’est celui de Nikiya dans la Bayadère.

Y a-t-il des initiatives en dehors de l’Opéra de Paris qui permettent de faire découvrir la danse à un public différent ?
On essaie de faire des galas à l’extérieur, où l’on présente des pas de deux ou d’autres extraits du répertoire classique. Un jour, nous avons fait une scène sur un parking de HLM. Le public est arrivé plein de préjugés en se moquant et finalement il est reparti conquis. J’ai également participé à la vidéo qui accompagne la chanson Wuppertal d’Indochine, une chanson en hommage à Pina Bausch. Après m’avoir vue danser en live sur les dates au stade de France, une quarantaine de fans d’Indochine se sont pris par la main pour aller à l’Opéra.

1. Ancien danseur étoile de l’Opéra de Paris, Laurent Hilaire y a été pendant quelques années maître de ballet.

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