Pédagogie et neurosciences

Publié le par La rédaction NRP

diapo_nov_neuroscienceslFaire en sorte que l’élève devienne acteur de son parcours, c’est associer me sens du plaisir, la sensation, au plaisir du sens et à l’activité cognitive. Si l’élève ne peut se résumer à son seul cerveau, il en possède un malgré tout. Et certaines fonctions cognitives, à commencer par l’attention que l’élève porte à l’activité lors d’un cours, sont déterminantes.

 

 

LES NEUROSCIENCES N’ONT PAS RÉPONSE À TOUT

Laurent Cohen, professeur de neurologie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière et chercheur à l’Institut du cerveau et de la moelle épinière.

Les sciences cognitives à l’école, un gros mot ou une formule magique ? Le ministre de l’Éducation les a présentées comme la référence pour améliorer l’enseignement dans les écoles. Comme médecin neurologue et chercheur, mon travail tend à une approche scientifique des mécanismes de la pensée chez les adultes et les enfants en développement, et de leurs pannes chez des patients souffrant de lésions cérébrales. Les sciences cognitives sont simplement le cadre intellectuel dans lequel s’inscrit mon travail. Alors, oui, le ministre a raison de préférer s’appuyer sur des concepts et des données scientifiquement solides, plutôt que sur des intuitions ou des idéologies mal validées. Mais que de malentendus ! Sciences ou neurosciences ? La plupart des découvertes sur les compétences des enfants ou les apprentissages ne se préoccupent pas des mécanismes cérébraux, ni de jolies images du cerveau : pour savoir que la méthode syllabique vaut mieux que la méthode globale, il suffit de (bien) comparer leur efficacité. Ensuite, les approches « neuro », comme l’imagerie cérébrale, nous aideront peut-être à comprendre le pourquoi des choses. Les sciences cognitives ont-elles réponse à tout ? Absolument pas. Au-delà des effets de mode, elles cherchent, testent, imaginent, supposent, trouvent, idéalement avec la même exigence de rigueur que la physique ou la chimie. Et de grâce, ne leur attribuons pas les traits d’une secte brandissant des images d’IRM au pouvoir magique niant toute diversité et toute individualité pour régenter notre vie. Nous avons la chance de voir émerger une nouvelle science de l’homme. Comprenant mieux notre machinerie intérieure, pourrons-nous mieux éduquer et transmettre ?

laurent_cohenLaurent Cohen vient de publier chez Odile Jacob Comment lire avec les oreilles et 40 autres histoires sur le cerveau de l’homme.

 

 

 

POUR UN USAGE RAISONNÉ DES NEUROSCIENCES

Aurélie Stauder, professeur de lettres à Paris

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » (Pantagruel, Rabelais) La « neuroéducation » vulgarise les préceptes des neurosciences dans le domaine éducatif. Notre cerveau, comme un muscle, modifie sa plasticité au cours de l’apprentissage. Ces découvertes scientifiques à la valeur tout à fait estimable peuvent faciliter le travail des élèves sur leur mémoire et leur compréhension. En salle des professeurs, en allant chercher le petit dernier à l’école, on entend : « Comment ! Vous n’avez pas lu le livre de CélineAlvarez ? Mais c’est génial, cela va tout changer à l’école !  » Intriguée devant tant de passion, j’entreprends la lecture des Lois naturelles de l’enfant. Il paraît qu’il y est question de neurosciences. À la lecture, j’y redécouvre avec plaisir plus la pédagogie créative de Montessori –et avec surprise moins de neuroscience que je ne pensais. Ne faut-il pas s’interroger sur cet engouement sans borne qui agite certains pédagogues ? Ne faut-il pas rendre nets les contours d’un concept pédagogique encore flou ? Toujours prendre du recul par rapport à l’événement présent et faire preuve d’une distance critique pour éviter tout dogmatisme. Vous souvenez-vous des errances structuralistes des années 90 qui avaient donné naissance au monstre de « l’énoncé coupé de la situation d’énonciation » devant des parents médusés ? Vous rappelez-vous les injonctions des techno-pédagogues qui faisaient des tablettes une panacée pédagogique ? Il aura fallu du temps pour réparer cette erreur de jugement et faire entrer le numérique dans une ère mature pour faire des tablettes, par exemple, un outil et non une fin en soi. Autrement dit, ne faut-il pas se méfier du « tout méthodologique » ? N’y a-t-il pas un risque que les neurosciences à l’école conduisent à un écueil systémique évacuant le fond au profit de la forme ?

Aurélie Stauder anime un blog sur l’usage pédagogique des technologies nouvelles .

• Pour aller plus loin, vous pouvez consulter l’article consacré aux sciences cognitives et à la pédagogie.

pedagogie_cognitive_visuel

 

 

 

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