Luc Ferry et la transmission des mythes

Publié le par La rédaction NRP

Propos recueillis par Claire Beilin-Bourgeois

Thesee-ou-la-loi-du-courageLa transmission des mythes, que les programmes scolaires ont longtemps appelés « textes fondateurs », est pour Luc Ferry une affaire sérieuse. À la collection de bandes dessinées qu’il dirige chez Glénat depuis quelques années, s’ajoutent désormais les premiers volumes d’une série de récits illustrés destinés aux élèves des collèges.

Quelle est la spécificité de cette nouvelle collection pour la jeunesse ?
La différence avec une collection destinée à des lycéens ou à des adultes est beaucoup moins importante qu’on pourrait le penser. Les enfants sont bien plus intelligents qu’on ne croit, dès lors qu’un récit les intéresse vraiment. La collection jeunesse est, bien entendu, moins détaillée qu’une version des mêmes récits racontés à des adultes. Mais les grands mythes sont au fond les mêmes de « 7 à 97 ans », pour parodier la fameuse formule de Tintin.

 Vous parlez d’érudition dans votre présentation de la collection. Jusqu’où va-t-elle ?
Jusque dans le détail, ce qui n’empêche nullement la lecture d’être accessible aussi bien à un enfant de sept ou huit ans qu’à ses grands-parents. J’évite les mots savants, ou je les explique quand je les emploie, et j’ai conscience à chaque phrase que je m’adresse à des enfants. Les parents qui se serviront de ces livres pour les lire à leurs enfants ne perdront pas leur temps : ce sera tout aussi passionnant et utile pour eux que pour les petits. Il n’y a pas d’erreurs, ni dans les noms, ni dans l’intrigue du récit, ni dans les lieux ni, a fortiori, dans le sens du mythe. Tout est absolument fidèle aux textes d’origine, d’abord et avant tout à Homère et Hésiode, bien sûr, mais aussi aux grands poètes et tragédiens du VIe ou du Ve siècle.

Que cherche-t-on dans la lecture des mythes ?
Les mythes grecs portent moins sur la morale, sur le bien et le mal, que sur la sagesse et le sens de la vie et c’est en cela qu’ils sont passionnants, bien plus intéressants que des fabliaux qui ne se termineraient pas par une leçon édifiante… Si ça marche depuis près de 3 000 ans, c’est qu’il y a dans les mythes, comme dans les grands textes sacrés, des messages d’une profondeur abyssale qui touchent toutes les grandes questions de la vie humaine : la guerre, l’amour, la haine, le mensonge, la ruse, mais aussi la question du sens de l’existence, du salut et de la vie bonne. Les grands mythes parlent aux enfants autant qu’aux adultes et réciproquement.

En tant qu’ancien ministre de l’Éducation nationale, êtes-vous favorable à un enseignement précoce de la philosophie ?
Non j’y suis très opposé. Je ne pense pas qu’on puisse commencer sérieusement la philosophie avant la classe de seconde. On peut certes parler de mille choses profondes avec de jeunes enfants, mais pas de Spinoza ou de Kant, or on ne peut pas entrer en philosophie aujourd’hui en faisant l’impasse sur les grands auteurs.

Que pensez-vous de la nouvelle discipline qui sera prochainement enseignée au lycée, « Humanités, littérature et philosophie » ?
J’ai regardé le programme et je le trouve mille fois trop compliqué. J’aurais préféré qu’on se borne à exposer à nos élèves trois ou quatre grandes visions du monde, par exemple le stoïcisme et la cosmologie grecque, la révolution scientifique des Lumières, la naissance de la pensée contemporaine avec Schopenhauer et Nietzsche… Ce serait largement suffisant et beaucoup plus intéressant que cet éparpillement de thèmes et d’auteurs prévu dans le programme actuel.

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