Littérature jeunesse et récits de vie : « Nos étoiles contraires » de John Green

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L’émergence de la littérature jeunesse dite Young adults, a mis en avant les récits de vie au travers de collections dédiées, « DoAdo » au Rouergue, « Exprim » chez Sarbacane, « Scripto » chez Gallimard, etc. Conséquence, les débats sur la violence des textes adressés aux adolescents sont relancés. Alors jusqu’où peut-on aller en littérature jeunesse ?

Les sujets difficiles en littérature ont toujours existé et ont toujours occasionné des débats. Il y a les « contre » qui jugent cette littérature traumatisante et loin des préoccupations des adolescents. Ceux qui voient une littérature malsaine et reprochent l’« effet miroir » d’une société trop violente.
Les « pour » défendent le côté « éducatif » de cette littérature, dans cette période charnière du « passage à l’âge adulte », apprendre à surmonter ses peurs, découvrir le concept de résilience, trouver sa place ou un écho à sa propre expérience, etc. Les bénéfices peuvent être multiples et ces livres devenir les compagnons de ce voyage qui échappe à toute raison : la vie.
Nous pourrions donc potentiellement tout écrire, mais pas n’importe comment. Eva Grynszpan, éditrice jeunesse chez Nathan, souligne qu’il est important de prendre de la distance pour écrire ces textes : « Pour ne pas entrer dans la complaisance, qui est le plus grand risque des récits de vie, il faut savoir considérer les évènements autrement. Souvent c’est le regard porté sur les actes qui choque, plus que l’acte lui-même ». Cette distance nécessaire, explique peut-être pourquoi des romans tels que Hunger Games, ou Instinct semblent moins choquer. Parce qu’ils se situent à une autre époque, parce qu’ils apportent une part de fantastique, on ressent moins le poids de la réalité. Finalement ce qui met mal à l’aise, n’est-ce pas cette réalité frontale et abrupte, ce trop plein de réalisme ?

À ce titre, Nos étoiles contraires est très juste. John Green, réussi l’exploit de parler de l’un des sujets les plus douloureux – le cancer chez les enfants – sans faire pleurer et sans rentrer dans le pathos. C’est avec délicatesse et honnêteté qu’il raconte l’histoire de ces deux ados qui s’aiment en dépit de la maladie. On en oublierait presque qu’ils sont malades ! John Green décrit ce quotidien en rajoutant juste ce qu’il faut de douceur pour le rendre supportable aux yeux du lecteur. Il transforme très légèrement la vie. Parce que comme le rappelle Eva Grynzpan, « la littérature doit aussi sublimer la vie, de la même manière qu’elle doit offrir au lecteur les clefs pour s’en sortir et un soupçon d’espoir ».

Alors finalement, jusqu’où peut aller la littérature jeunesse ? Peut-on réellement tout écrire, tout donner à lire à nos adolescents ?

 

Ce qu’en dit Edith Wolf :

Nos étoiles contraires, John Green« À première vue, ce roman a tout pour agacer. Le thème pathétique d’abord : le cancer vécu par de très jeunes gens. Le choix du point de vue ensuite : le narrateur adolescent qui, depuis L’Attrape-Cœur de J-D. Salinger, a envahi jusqu’à la littérature adulte. Le livre serait-il un de ces innombrables récits qui infligent à la jeunesse les clichés du misérabilisme contemporain : drogue, maladie d’Alzheimer, prison, viol etc… ? Le roman de John Green échappe à ces pièges. La narratrice, Hazel, en phase 4 d’un cancer de la thyroïde et des poumons, survit grâce à un traitement expérimental. Son existence quotidienne, rythmée par l’alternance des dispositifs qui lui permettent de respirer, est racontée avec précision. On y découvre l’organisation d’une vie contre et avec la maladie : la poursuite des études, les réunions avec l’équipe médicale, le groupe de paroles de malades. C’est pendant une réunion de ce groupe que Hazel rencontre Augustus, en rémission après un cancer. Au centre de l’histoire d’amour il y a la maladie mais aussi les livres. Un livre surtout : Une Impériale Affliction, récit de la vie d’une jeune cancéreuse. L’ouvrage finit sur une phrase incomplète, laissant le lecteur dans l’incertitude. Mais l’héroïne réussit, grâce à Gus, à rencontrer l’écrivain…

Les personnages sont, malgré le caractère un peu trop exemplaire du comportement des héros, vus de manière nuancée. Le choix d’un style sobre qui n’imite pas le parler adolescent, permet l’émotion sans tomber dans le pathos ni la caricature. À conseiller en 3e comme récit d’adolescence. »

John Green, Nos étoiles contraires, Nathan, 330 pages, 16,50

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