Entretien avec Nicole Bertolt

Publié le par la redaction nrp

Nicole Bertolt

Nicole Bertolt est représentante de la Cohérie Boris Vian, conseillère scientifique de l’exposition Boris Vian de la BNF.  Elle a répondu à nos questions.

NRP –  Nicole Bertolt, qui êtes-vous, comment êtes vous arrivée à la Cohérie ?

Nicole Bertolt – Lors de vacances d’été, en 1976,  j’ai rencontré Ursula Vian Kübler à Eus, petit village des Pyrénées Orientales. J’étais alors monitrice-éducatrice, aimais les arts et la nature. Nous avons sympathisé et elle m’a invitée à venir la visiter dans sa grande maison du haut du village d’Eus, je logeais en bas… Ursula Vian Kübler avait maison ouverte tous les jours et recevait volontiers les artistes de tous poils, les âmes solitaires ou les originaux . Elle aimait l’échange et était curieuse des autres. La culture lui était indispensable. Pour ma part, j’avais sans doute une inexpérience et une innocence en cet univers qui devait lui plaire, je venais d’un tout autre milieu, celui du monde ouvrier ; mais j’avais beaucoup lu et connaissais des passages entiers de L’Automne à Pékin et de L’Herbe rouge, cela l’avait étonnée. Pas les grands titres, c’est plutôt la poésie de Vian qui m’attirait. Puis le destin a fait qu’un jour de novembre, en 1980, je me suis retrouvée un peu seule au monde et je me suis rendue cité Véron pour trouver asile. On ne m’a pas posé de question, on m’a aidée et proposé de rester. Ce que j’ai accepté et voilà que j’ai commencé à ranger la maison, trier des papiers, répondre à des lettres, cirer les meubles, trier la vaisselle et encadrer des documents. Tout cela très naturellement et pourtant il s’agissait du patrimoine de Boris Vian. Le temps a passé, plus de trente années, et voilà que je continue de faire cela tout naturellement comme je l’ai appris aux côté d’Ursula Vian Kübler, décédée en janvier 2010.

NRP – Présentez nous la Cohérie, ses actions passées et futures.

N. B. –Après la mort de Boris Vian, une cohérie s’est constituée, c’est-à-dire la réunion des co-héritiers ; il s’agissait de Patrick et Carole, les deux enfants de Boris Vian et de Michelle Léglise, divorcée en 1953, et de Ursula Vian Kübler, usufruitière mais aussi tutrice des deux enfants mineurs. Puis lorsque les enfants sont devenus majeurs la disposition aurait pu changer mais en fait le partage est resté inchangé jusqu’à la mort de Carole en 1998. La cohérie s’est vu transformée, sa mère Michelle Léglise est rentrée ainsi que l’association que Ursula Vian Kübler et Mr d’Déé avaient créée, puis Ursula et Patrick. Depuis le décès d’Ursula, la disposition n’a pas changé mais bien sûr c’est Patrick qui a hérité du droit moral et moi-même du droit des affaires en quelque sorte. C’est un tandem qui fonctionne plutôt bien. Il faut bien dire qu’Ursula a consacré presque toute sa vie à la diffusion de l’œuvre de Boris Vian et deux pôles étaient fondamentaux : diffuser au plus large donc assez rapidement l’œuvre est passée en poche et a explosé, puis aller au-delà des frontières. Actuellement Boris Vian est traduit dans plus de 40 langues. C’est un auteur lu et joué dans nombre de pays. Le futur, essayer de monter l’opéra qu’il a fait avec son ami Georges Delerue « Le chevalier de neige » et ses comédies musicales, façon Broadway. Il aurait adoré cela.

NRP – Qu’avez-vous souhaité mettre en avant dans l’exposition de la BNF ?

N. B. – Vian, c’est une superposition de talents, un enthousiasme permanent, une vie très dense et qui a traversé la Seconde guerre mondiale, deux mariages, deux enfants, une quarantaine d’ouvrages, des synopsis, un immense scandale, deux énormes succès restés quasi inconnus, l’amour du cinéma, des copains, de tout ce qui touche à la création. Un homme sain et simple, très direct et clair tant dans ses propos que dans ses écrits. Et tout cela dans une déco très années 50. Il nous fallait donc occuper l’espace dans tous les sens et pourtant que le public s’y retrouve. Traverser des petits univers au travers d’époques différentes grâce aux couleurs et que tous les documents soient très lisibles. Donc pas trop mais les essentiels et les jamais vu comme son costume de scène mais aussi les trois versions de J’irai cracher sur vos tombes.

NRP – Comment définiriez-vous Boris Vian et son œuvre ?

N. B. – C’est une œuvre spontanée et profonde. Jeune et empreinte d’expérience. Irrévérencieuse et pourtant écrite dans un grand style. Elle fait du bien, elle est sincère et directe. Une œuvre à tiroirs et à calembours. On peut la relire et la redécouvrir pour une grande partie et l’adapter aussi sans que l’âme n’en souffre parce que le propos est bien enraciné.

NRP – Que retenez-vous de l’héritage artistique de Boris Vian ?

N. B. – Sa transcendance. Rien n’arrête Boris Vian et, avant beaucoup d’artistes, il avait compris le croisement ou les ponts entre les différents arts. Il ne s’est jamais préoccupé des cloisonnements, il faisait là où il avait envie d’être, de comprendre, de rêver, de travailler. Contraint et forcé, selon son histoire familiale mais aussi l’histoire de la France de cette époque, il a vomi l’univers du travail et celui de la guerre pour avoir vu ses deux frères partir à la guerre et son père tué. Il est allé droit au but tout au long de sa vie. Les jeunes ne s’y trompent pas. C’est du langage direct et très imagé en même temps.

Voir notre article consacré à l’exposition

Nuages de tags

Publié le par la redaction nrp

2 réponses à Entretien avec Nicole Bertolt

  1. Ping : Boris Vian à la BNF | NRP Collège

  2. Ping : Boris Vian à la BNF | NRP Collège

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>