Charles Juliet, rencontre d’automne

Publié le par la redaction nrp

Charles Juliet, Heidelberg, octobre 2010 © Gaëlle Bebin

Propos recueillis par Gaëlle Bebin

 

Il est venu parler d’écriture et de recherche de soi, inséparables dans son œuvre essentiellement autobiographique. L’écriture de son Journal qu’il poursuit depuis des années représente, à l’inverse du narcissisme, une ouverture à une autre manière d’être, de penser, de vivre. Il relate des instants de vie, observe ce qui survient dans sa réalité interne. Longtemps livré à la confusion, il a écrit sous forme de fragments avant que l’écriture d’un récit devienne possible. Des pages ont dormi douze ans pour devenir Lambeaux, un récit sur ses deux mères, biologique et adoptive. C’est l’écriture dont il dit qu’elle s’est imposée à lui depuis l’âge de 23 ans, qui l’a fait naître à lui-même. Lumières d’automne – Journal VI (1993-1996) est paru chez P.O.L.

Gaëlle Bebin – Votre œuvre est placée sous le signe de la recherche de soi et de la rencontre avec les autres. Je pense aux Rencontres avec Beckett, aux Rencontres avec Bram Van Velde, et le Journal lui-même est rempli de notes sur de belles rencontres, souvent faites par hasard.

Charles Juliet – Après de longues années sans savoir où j’allais, j’ai compris que je cherchais à me connaître et à me transformer. Tout ce que j’ai écrit a son origine dans cette nécessité. Or cela concerne tout être humain. Les Grecs l’avaient déjà dit : « Connais-toi toi-même ». Réalisant une auto-analyse, j’ai traversé une crise qui a duré des années. Cette crise est inévitable si on vit cette aventure. Par la pensée et l’écriture, je suis allé à la racine de moi-même pour me modifier. Cette descente en soi – il n’est pas exagéré de parler de « descente aux enfers » – permet cette dénudation grâce à laquelle on arrive à avoir une juste perception de soi. Il s’est alors produit pour moi une mutation. J’ai délaissé celui que j’étais pour devenir celui que j’avais à être. Je sentais que j’avais à achever, à faire advenir l’humain en moi à travers l’écriture. J’ai toujours été passionné par l’humain, en moi et en autrui, d’où mon grand désir de rencontrer des gens, de découvrir les autres.

G.B. – Vous écrivez dans votre Journal que ce sont les peintres qui vous ont aidé à dégager vos plus profondes intuitions. Quelles sont les œuvres, et qui sont les créateurs qui comptent le plus pour vous ?

C.J. – Cézanne. Il a vécu cette aventure qui consiste à devenir soi-même. Il est devenu un peintre révolutionnaire parce qu’il lui fallait être fidèle à ses perceptions et à ses sensations, de sorte qu’il ne s’est pas conformé aux règles habituelles de la peinture. Cette aventure, c’est ce qui m’intéresse chez les artistes. Beckett, Bram Van Velde ont été des présences importantes qui m’ont accompagné à certaines époques. Je me suis par la suite éloigné de l’œuvre de Beckett, je ne m’y reconnaissais plus. Je reste évidemment admiratif de tout ce qu’il sait nous dire sur l’être humain. J’aime à relire Camus, en raison de l’amitié que j’ai pour cet homme et pour son œuvre. Son œuvre de journaliste est passionnante. Il a parlé de justice et de dignité humaine avec une rare force de conviction. J’ai longtemps été un lecteur boulimique. J’aime beaucoup les Correspondances, les Journaux, les écrits intimes… Je vous conseille de lire Lettres d’exil, la très belle correspondance entre Ariane Efron et Boris Pasternak.

 

Nuages de tags

Publié le par la redaction nrp

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>