Chansons et poésie

Publié le par La rédaction NRP

Qu’est-ce qu’une chanson ? Comment étudier une chanson en classe, en tenant compte des caractéristiques du genre ? Lisez le dossier sur les liens subtils entre poésie et chanson, et les conseils de Ludovic Gourvennec, auteur d’une thèse sur l’utilisation des chansons en classe. 

Des pistes pour étudier le « genre » de la chanson

Propos recueillis par Claire Beilin-Bourgeois

Depuis sa thèse sur l’utilisation des chansons en classe de langue, Ludovic Gourvennec conjugue la réflexion théorique avec une pratique régulière de l’usage des chansons dans ses cours de français. Progressivement, il a mis au point une méthode et donne de nombreuses pistes pédagogiques dans un livre publié en 2017. Nous l’avons rencontré.

Quel est l’intérêt d’étudier des chansons en classe?
Dans le travail de recherche que j’ai mené, j’ai été conduit à définir précisément les caractéristiques du genre « chanson », en utilisant notamment le concept de « genre ». J’en suis arrivé à la conclusion que « la » chanson se décline en réalité en trois genres : la version studio, la version en concert et la version en clip vidéo, chacune ayant ses spécificités. De ce fait, et pour le dire schématiquement, la chanson version studio se rapprocherait du genre poétique, le live du genre théâtral et le clip du genre cinématographique (et publicitaire). Mais si on considère à présent la chanson version studio, elle est formée, dans son organisation systémique interne, de trois composantes : les paroles (le texte), la mise en musique (les instruments) et l’interprétation (la ou les voix). Cela signifie que la spécificité et le sens de la chanson naissent de l’interaction de ces trois composantes. Le risque est donc de ne se concentrer que sur le texte, ce qui relève de la démarche habituelle de l’étude d’un poème. Étudier et exploiter une chanson imposent d’envisager l’ensemble, ce qui n’est pas toujours facile dans un premier temps, car les professeurs – et les élèves – n’y sont pas toujours habitués.

Jusqu’où peut aller l’étude de la musique avec des élèves qui ne sont pas nécessairement musiciens ?
Pour prendre en compte la dimension musicale d’une chanson dans une séquence didactique, il n’est pas nécessaire d’avoir suivi des années de solfège. Bien sûr, les enseignants et les élèves très compétents dans ce domaine peuvent approfondir les choix musicaux ou instrumentaux des artistes, mais il me semble que, repérer la vitesse d’un rythme, la présence d’instruments familiers (guitare, batterie, basse), l’entrée ponctuelle d’un accord de violon, la dominante d’un style (reggae, rock…) ne constitue pas une tâche insurmontable. Il s’agit en fait d’intégrer, même modestement, le repérage et l’analyse de certains paramètres musicaux, de façon à construire un sens, des hypothèses, une interprétation, englobant la musique mais aussi les voix, à la fois le timbre et la façon de chanter. Par exemple, certaines chansons reposent sur une harmonie entre les trois composantes. « Deux pieds » de Thomas Fersen évoque un personnage d’étudiant pas très dynamique, la mise musique est assez lente et l’interprétation joue sur ce côté un peu « glandeur ». D’autres créent une rupture : « Ma jolie » d’Abd Al Malik traite du thème difficile de la violence conjugale, mais la mise en musique est tonique, avec un rythme très entraînant et dansant, qui conduit à une fin surprenante visant à amener l’auditeur à s’interroger sur la forme de manipulation dont il vient d’être l’objet. Tous ces choix doivent être interprétés pour élaborer un sens, parfois très évident, souvent à construire.

Avez-vous une préférence pour les chansons actuelles ?
Selon moi, il n’y a pas a priori de chansons « meilleures » que d’autres à utiliser. Tout dépend d’un certain nombre de paramètres liés au contexte d’enseignement apprentissage : le goût des professeurs et des élèves, le niveau linguistique des apprenants, les données institutionnelles (programmes), les objectifs visés, etc. Si vous avez un objectif historique et culturel général du type « Découvrir les chansons “ rive-gauche “ de l’après-guerre », vous allez évidemment, et de façon pertinente, écouter et analyser des morceaux de cette époque. Mais vous pouvez aussi très bien, et avec la même classe durant la même année scolaire, suivre des objectifs différents et aborder les artistes à succès actuels comme Orelsan ou Black M. Et si vous travaillez sur la chanson engagée, pourquoi ne pas mêler les supports de différentes époques ? Ainsi, ma démarche, plutôt que de présenter des fiches toutes faites, a été de favoriser une autonomie des enseignants et de proposer des clés générales, parfois théoriques pour exploiter les chansons en fonction des choix de chacun. Il me semble toutefois essentiel, au moment où on choisit la ou les chansons, d’avoir en tête le type de production (orale, écrite, individuelle, collective, etc.) auquel va aboutir l’exploitation.

Intégrez-vous l’étude des chansons aux séquences classiques ou préférez-vous le faire sous forme de projets ?
J’intègre souvent à des séquences « classiques » l’étude et l’exploitation approfondie d’une ou deux chansons en lien avec la thématique, mais je monte aussi des séquences relevant davantage d’une perspective actionnelle : réaliser une enquête puis un exposé sur un artiste actuel, inviter un artiste à rencontrer les élèves. Cela permet d’englober tous les supports disponibles (clips, concerts, pochettes, sites, etc.).

 

Proposition de séquence par Ludovic Gourvennec

 

Cliquez sur l’image pour découvrir un extrait du dossier

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