Rencontre avec la danseuse étoile Alice Renavand

Publié le par La rédaction NRP

Propos recueillis par Alexandra Guidal

Alice Renavant - photo Frédéric Poletti

© Frédéric Poletti

Depuis le début de sa carrière Alice Renavand a travaillé avec les plus grands chorégraphes contemporains : Pina Bausch, Mats Ek, Jiří Kylián, Angelin Preljocaj… et a dansé quelques grands rôles classiques, Kitri dans Don Quichotte (Noureev), Paquita, dans le ballet du même nom (Lacotte) ou plus récemment Lise dans La Fille mal gardée (Ashton). Elle sera en novembre à Garnier dans le très jazzy Fancy Free de Jerome Robbins puis à Bastille dans Cendrillon version Noureev.

Comment vous appropriez-vous les rôles classiques pour en donner votre propre interprétation ?
La personne qui nous fait travailler un rôle influe beaucoup, ainsi que le visionnage de vidéos d’anciennes distributions. Par exemple, pour Don Quichotte, j’ai vu plein de vidéos de Kitri et certaines m’ont plu plus que d’autres. Même sans reproduire ce qui a été fait, on aime s’inspirer de certaines danseuses. Après, c’est le travail en studio avec le répétiteur qui fait que l’on va proposer certaines choses qui vont être validées ou non, et qui vont permettre de faire évoluer le personnage. Il y a aussi une réflexion permanente hors studio. C’est l’ensemble de ces réflexions qui construit notre propre interprétation du rôle. Et pour donner de l’émotion, j’aime me mettre dans le contexte, m’imaginer les gens, dans quel pays on est, voire même la température qu’il fait. Planter le décor. Dans beaucoup de ballets, le décor et la période jouent beaucoup. J’adore m’imaginer tout ça, c’est très important pour moi d’humaniser, de faire comme si j’étais dans un film, pour rendre les émotions, la manière d’être pour être plus réelle, plus actuelle. Ces ballets classiques sont géniaux car finalement même si la technique est difficile, on a une grande liberté d’interprétation.

Et comment arrivez-vous à véhiculer de l’émotion par le geste ?
Déjà, l’interprétation au niveau du visage est très importante. Il y a mille façons de faire un geste écrit dans une chorégraphie, la jambe croisée, le buste en torsion. Le corps aussi donne cette émotion et cette compréhension du moment, et c’est ça qui est magnifique avec la danse. C’est Laurent Hilaire1 qui m’a enseigné toute cette gestuelle, tout ce qui fonctionne scéniquement.

Et pour les ballets contemporains sans histoire ?
La question principale est quelle idée l’on veut véhiculer. Dans certains pas de deux, même s’il n’y a pas d’histoire, il va y avoir une manière d’être avec son partenaire. Dans sa tête on va se dire qu’on est mélancolique, dans la séduction ou au contraire dans un rejet ou une frustration. Quand les chorégraphes créent un pas de deux, ils ont toujours une idée de ce qu’ils souhaitent, une couleur, une ambiance. La musique aussi donne le ton. Elle influe beaucoup, presque plus que pour un grand classique.

Comment se passe la relation avec les chorégraphes quand vous créez un rôle ?
C’est une autre expérience complètement différente. Chaque chorégraphe a sa manière de travailler, il y a des chorégraphes qui viennent avec leur chorégraphie tout prête et d’autres qui donnent un cadre, et qui modèlent sur vous ensuite. C’est super d’essayer d’arriver au plus proche de ce qu’il veut, de son style. Mais création ou pas, travailler avec le chorégraphe, c’est irremplaçable. Ce qui me plait le plus dans les créations, c’est la rencontre avec la personne. Il y a quelque-chose d’impressionnant à se retrouver devant ses idoles.

Parmi tous ces rôles, vous en avez un favori ?
C’est difficile d’en choisir un. Évidemment, il y a Orphée et Eurydice de Pina Bausch que j’ai dansé pour la première fois dans le corps de ballet en tant que coryphée et que j’ai repris de nombreuses fois depuis à différents moments de ma vie. J’ai aussi adoré Kaguyahime de Kylián et Don Quichotte pour les rôles classiques. Et l’un de mes rôles préférés que je n’ai encore jamais dansé, c’est celui de Nikiya dans la Bayadère.

Y a-t-il des initiatives en dehors de l’Opéra de Paris qui permettent de faire découvrir la danse à un public différent ?
On essaie de faire des galas à l’extérieur, où l’on présente des pas de deux ou d’autres extraits du répertoire classique. Un jour, nous avons fait une scène sur un parking de HLM. Le public est arrivé plein de préjugés en se moquant et finalement il est reparti conquis. J’ai également participé à la vidéo qui accompagne la chanson Wuppertal d’Indochine, une chanson en hommage à Pina Bausch. Après m’avoir vue danser en live sur les dates au stade de France, une quarantaine de fans d’Indochine se sont pris par la main pour aller à l’Opéra.

1. Ancien danseur étoile de l’Opéra de Paris, Laurent Hilaire y a été pendant quelques années maître de ballet.

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Histoire des arts : et si on parlait de la danse ?

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Les 3 séquences de la NRP collège de novembre dessinent des ponts entre les lettres et la danse. Elles parlent de chorégraphies qui racontent des histoires, et de romans qui racontent le monde de la danse.

Cliquez sur les images pour découvrir les introductions des séquences 6e et 3e .

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Recontrez Anne-Marie Garat au théâtre de la Reine Blanche

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Cette année encore, Cécile Ladjali organise au théâtre de la Reine Blanche des rencontres culturelles et amicales avec des écrivains. Le 6 novembre, elle reçoit Anne-Marie Garat, l’auteur d’Aden, pour parler de son roman Le Grand Nord-Ouest paru en août aux éditions Actes Sud.

Cliquez sur l’image pour plus d’informations

Rencontre avec Anne-Marie Garat

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Idée sortie : Du sang sur mes lèvres d’Angélique Friant

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tract_spectacle_sangLa compagnie Succursale 101, présente du 13 au 19 octobre, à Nogent-sur-Marne, une revisite de la nouvelle de l’écrivain allemand Ernst Raupach Laisse dormir les morts.  

L’histoire d’un veuf qui en ramenant sa femme à la vie la condamne à se nourrir de sang humain pour l’éternité.  Une première figure vampire, féminine, née 70 ans avant le Dracula de Bram Stoker.

Adapté et mis en scène par Angélique Friant, en collaboration avec Carole Guidicelli auteure pour la  NRP, ce spectacle mêle théâtre classique et marionnette.

Des séances sont réservées aux scolaires avec un tarif spécial d’1 euro par élève.

Plus d’informations sur le site de la Scène Watteau.

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À voir en septembre : l’adaption du livre de Cécile Ladjali Illettré

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Illettré – Entretien avec Jean-Pierre Améris
Propos recueillis par Yun Sun Limet

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Jean-Pierre Améris aime filmer des personnages qui sortent de leur isolement, qui se libèrent de leur souffrance. Son adaptation pour la télévision du roman de Cécile Ladjali Illettré sera diffusée le 18 septembre prochain sur France 3.

Quel désir a présidé à la réalisation de votre téléfilm Illettré ?
Depuis plusieurs années, j’ai le désir de traiter de l’illettrisme, sujet qui me touche profondément. Et je voulais en faire un film de télévision, non pas de cinéma. Avec la télévision, je suis sûr de toucher plus de spectateurs. Après avoir cherché des documents sur l’illettrisme, je n’ai rien trouvé qui puisse nourrir une fiction. C’est Murielle Magellan, la scénariste, qui m’a proposé le roman de Cécile Ladjali. Après lecture, j’y ai trouvé l’histoire que je cherchais pour traiter le sujet.

Avez-vous une « théorie » de l’adaptation ?
Il faut juste que l’écrivain soit d’accord pour que l’adaptation soit comme un rebond. C’est un sentiment profond qui doit monter, pas seulement le thème. Là, je pense avoir été fidèle à l’esprit du roman de Cécile Ladjali – mais pas fidèle à la lettre. Cela demande beaucoup plus de concision. Le film n’a que les comportements, les gestes, les positions, équivalents cinématographiques de l’écriture, pour dire l’intériorité.

D’un point de vue pratique, comment avez-vous procédé ?
C’est la scénariste, Isabelle Magellan qui s’en est chargée. Il a été convenu au départ que Cécile Ladjali n’interviendrait pas dans son travail, outre le fait que je l’avais avertie que je ne pouvais traiter la fin du héros de façon aussi tragique. Et cela a toujours été ainsi pour mes adaptations. Ni Olivier Adam ni David Foenkinos n’ont participé aux scénarios de mes films.

En quoi Illettré est-il un film personnel ?
Adolescent et jeune homme, j’ai toujours été un garçon renfermé, avec du mal à communiquer. Le cinéma m’a sauvé. Grâce aux films, j’ai pu me relier aux autres. Je suis attiré par les histoires comme celle de Léo ou de Marie Heurtin (Voir le film éponyme sur une jeune femme du XIXe siècle, sourde et aveugle, 2014.) qui posent le problème de la communication. Et je suis heureux d’entendre qu’Illettré parle de la communication au sens large. Les personnages sont handicapés, enfermés, mais ils réalisent qu’on n’apprend pas sans l’aide de l’autre. Léo refuse l’apprentissage. C’est dur de sortir de soi. Pire encore, il a honte de son handicap. Grâce à Nora l’infirmière et aussi grâce à l’accident du travail, Léo va surmonter la honte. J’aime montrer, parce que cela m’est arrivé, ces personnes qui arrivent à surmonter leur handicap de communication.

Vous avez tenu à ce que des personnes non comédiennes interviennent dans le film.
À l’été 2017, j’ai tourné les scènes d’apprentissage à Marseille dans un centre où j’ai rencontré les éducatrices et des illettrés. Ils m’ont raconté leurs histoires. Comme cette dame merveilleuse, d’une soixantaine d’années, qui m’a raconté comment elle a surmonté sa honte. À 60 ans, elle disait : « Je veux apprendre ». C’est une leçon valable pour tous, à tous les âges.

 

CÉCILE LADJALI, ILLETTRÉ , ACTES SUD, 2016.

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Léo, vingt ans, est ouvrier dans une imprimerie. Il vit avec sa grand-mère dans une cité, porte de Saint-Ouen à Paris. Jeune homme discret, il a quitté l’école très jeune, sans diplôme et a, au fil du temps, désappris la lecture. Elle-même illettrée, sa grand-mère le maintient dans ce qui pour lui devient un handicap. Jusqu’au jour où, à l’usine, une machine lui blesse gravement la main. L’accident aurait pu être évité s’il avait su lire le panneau avertissant du danger. Suite à ce drame, il fait la connaissance de Sybille, l’infirmière qui vient à domicile faire les soins pour sa main. Peu à peu des liens se nouent, au point que Léo lui avoue ce qu’il a toujours voulu cacher.

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Programme 2018-2019

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Découvrez le programme 2018-2019 de la NRP

Septembre 2018

Revue Je me souviens
Séquence 6e : La comtesse de Ségur, Mémoires d’un âne
Séquence 5e : Pagnol, Le Temps des secrets
Séquence 3e : Aragon, Le Collaborateur et autres nouvelles

Supplément
Marivaux, La Colonie Carrés classiques – Niveau 4e

Novembre 2018

Revue La musique et la danse
Séquence 6e : La Belle au bois dormant du conte au ballet
Séquence 4e : Créer et aimer : l’histoire d’Orphée, en mots, musique et danse
Séquence 3e : Le Choix de Rudi de Françoise Dargent, ou la naissance d’une étoile

Supplément
Jules Verne, Le Tour du monde en 80 jours – Niveau 5e

Janvier 2019

Revue Découvrir l’Amérique
Séquence 5e :Christophe Colomb : l’histoire et le mythe
Séquence 4e : Le monde de Calamity Jane
Séquence 3e : L’Attrape-cœur de Salinger

Supplément
Michel Tournier, Sept contes – Niveau 6e

Mars 2019

Revue Monstres
Séquence 6e : Les histoires de monstres racontées par Jacques Cassabois
Séquence 5e : Le merveilleux dans les aventures médiévales
Séquence 3e : La créature de Frankenstein dans le roman de Mary Shelley et au cinéma

Supplément
Quand le quotidien devient étrange, Une anthologie sur les objets maudits dans les nouvelles fantastiques Carrés classiques – Niveau 4e

Mai 2019

Revue La mer
Séquence 6e : Le Clézio, Mondo et autres histoires
Séquence 5e : Victor Hugo et la mer
Séquence 4e : Lire Moby Dick, le chef-d’œuvre de Melville

Supplément
Philippe Grimbert, Un secret– Niveau 3e

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Chansons et poésie

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Qu’est-ce qu’une chanson ? Comment étudier une chanson en classe, en tenant compte des caractéristiques du genre ? Lisez le dossier sur les liens subtils entre poésie et chanson, et les conseils de Ludovic Gourvennec, auteur d’une thèse sur l’utilisation des chansons en classe. 

Des pistes pour étudier le « genre » de la chanson

Propos recueillis par Claire Beilin-Bourgeois

Depuis sa thèse sur l’utilisation des chansons en classe de langue, Ludovic Gourvennec conjugue la réflexion théorique avec une pratique régulière de l’usage des chansons dans ses cours de français. Progressivement, il a mis au point une méthode et donne de nombreuses pistes pédagogiques dans un livre publié en 2017. Nous l’avons rencontré.

Quel est l’intérêt d’étudier des chansons en classe?
Dans le travail de recherche que j’ai mené, j’ai été conduit à définir précisément les caractéristiques du genre « chanson », en utilisant notamment le concept de « genre ». J’en suis arrivé à la conclusion que « la » chanson se décline en réalité en trois genres : la version studio, la version en concert et la version en clip vidéo, chacune ayant ses spécificités. De ce fait, et pour le dire schématiquement, la chanson version studio se rapprocherait du genre poétique, le live du genre théâtral et le clip du genre cinématographique (et publicitaire). Mais si on considère à présent la chanson version studio, elle est formée, dans son organisation systémique interne, de trois composantes : les paroles (le texte), la mise en musique (les instruments) et l’interprétation (la ou les voix). Cela signifie que la spécificité et le sens de la chanson naissent de l’interaction de ces trois composantes. Le risque est donc de ne se concentrer que sur le texte, ce qui relève de la démarche habituelle de l’étude d’un poème. Étudier et exploiter une chanson imposent d’envisager l’ensemble, ce qui n’est pas toujours facile dans un premier temps, car les professeurs – et les élèves – n’y sont pas toujours habitués.

Jusqu’où peut aller l’étude de la musique avec des élèves qui ne sont pas nécessairement musiciens ?
Pour prendre en compte la dimension musicale d’une chanson dans une séquence didactique, il n’est pas nécessaire d’avoir suivi des années de solfège. Bien sûr, les enseignants et les élèves très compétents dans ce domaine peuvent approfondir les choix musicaux ou instrumentaux des artistes, mais il me semble que, repérer la vitesse d’un rythme, la présence d’instruments familiers (guitare, batterie, basse), l’entrée ponctuelle d’un accord de violon, la dominante d’un style (reggae, rock…) ne constitue pas une tâche insurmontable. Il s’agit en fait d’intégrer, même modestement, le repérage et l’analyse de certains paramètres musicaux, de façon à construire un sens, des hypothèses, une interprétation, englobant la musique mais aussi les voix, à la fois le timbre et la façon de chanter. Par exemple, certaines chansons reposent sur une harmonie entre les trois composantes. « Deux pieds » de Thomas Fersen évoque un personnage d’étudiant pas très dynamique, la mise musique est assez lente et l’interprétation joue sur ce côté un peu « glandeur ». D’autres créent une rupture : « Ma jolie » d’Abd Al Malik traite du thème difficile de la violence conjugale, mais la mise en musique est tonique, avec un rythme très entraînant et dansant, qui conduit à une fin surprenante visant à amener l’auditeur à s’interroger sur la forme de manipulation dont il vient d’être l’objet. Tous ces choix doivent être interprétés pour élaborer un sens, parfois très évident, souvent à construire.

Avez-vous une préférence pour les chansons actuelles ?
Selon moi, il n’y a pas a priori de chansons « meilleures » que d’autres à utiliser. Tout dépend d’un certain nombre de paramètres liés au contexte d’enseignement apprentissage : le goût des professeurs et des élèves, le niveau linguistique des apprenants, les données institutionnelles (programmes), les objectifs visés, etc. Si vous avez un objectif historique et culturel général du type « Découvrir les chansons “ rive-gauche “ de l’après-guerre », vous allez évidemment, et de façon pertinente, écouter et analyser des morceaux de cette époque. Mais vous pouvez aussi très bien, et avec la même classe durant la même année scolaire, suivre des objectifs différents et aborder les artistes à succès actuels comme Orelsan ou Black M. Et si vous travaillez sur la chanson engagée, pourquoi ne pas mêler les supports de différentes époques ? Ainsi, ma démarche, plutôt que de présenter des fiches toutes faites, a été de favoriser une autonomie des enseignants et de proposer des clés générales, parfois théoriques pour exploiter les chansons en fonction des choix de chacun. Il me semble toutefois essentiel, au moment où on choisit la ou les chansons, d’avoir en tête le type de production (orale, écrite, individuelle, collective, etc.) auquel va aboutir l’exploitation.

Intégrez-vous l’étude des chansons aux séquences classiques ou préférez-vous le faire sous forme de projets ?
J’intègre souvent à des séquences « classiques » l’étude et l’exploitation approfondie d’une ou deux chansons en lien avec la thématique, mais je monte aussi des séquences relevant davantage d’une perspective actionnelle : réaliser une enquête puis un exposé sur un artiste actuel, inviter un artiste à rencontrer les élèves. Cela permet d’englober tous les supports disponibles (clips, concerts, pochettes, sites, etc.).

 

Proposition de séquence par Ludovic Gourvennec

 

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Enseigner à « L’École à l’hôpital » : pourquoi pas vous ?

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L’École à l’hôpital, association fondée en 1929, est la première à avoir donné des cours aux enfants hospitalisés.  Aujourd’hui, elle intervient en lien avec l’Éducation nationale. L’association a toujours besoin de nouveaux professeurs : vous aussi pouvez adhérer et donner quelques heures chaque semaine.

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Virginie : « Enseigner en ZEP est un combat ! »

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Par Sonia Goldie

Virginie, 32 ans, enseigne le français au collège Victor Hugo de Sarcelles (95). Après un parcours atypique qui la mène vers le professorat, elle mène depuis 6 ans un combat incessant avec le langage.

De l’école imposée à l’école choisie

Enfant, puis adolescente, l’école n’est pas la tasse de thé de Virginie, elle s’y ennuie ferme ! « C’était un long film sans fin, qui passait au ralenti. Rester assise pendant des heures à écouter, ça n’était pas vraiment mon truc. » La lecture ne la sauve de rien car sa famille, très croyante, n’a pas la culture du roman mais celle des Saintes Écritures. Après son bac littéraire, elle s’oriente en fac de lettres, par défaut, juste parce qu’elle est douée dans cette discipline. Après sa licence, la recherche ne l’attire pas du tout et elle s’engage dans une prépa CAPES. « Je n’avais pas vraiment envisagé à quoi ça m’engageait en cas de réussite. C’était à l’époque une formation très théorique où on n’était jamais mis face aux élèves. » Elle n’a aucun modèle d’enseignant, proche ou lointain, aucune vocation particulière pour ce métier et c’est sur cette page vierge de tout idéal, qu’elle va inventer sa propre posture, d’abord stagiaire dans un lycée de province, parfait pour apprendre le métier, puis en ZEP, en région parisienne, où ce recul naturel lui donne les facultés de s’adapter.

Inventer son métier

« Je fais cours à une population issue très majoritairement de l’immigration. Historiquement, DSK, l’ancien maire de Sarcelles, a largement accueilli la population chaldéenne, persécutée au Proche-Orient, qui est très représentée ici et parle l’araméen. On trouve d’autre part une population aux origines variées ». Mais si Virginie, qui vit à Pantin, y rencontre une vraie mixité, c’est loin d’être le cas à Sarcelles. La vie quotidienne en ZEP est physiquement éprouvante : « obtenir le calme dans la classe est un défi. Il y a aussi beaucoup de bruit dans les couloirs, des bousculades parfois dangereuses pour les petits. Les élèves entre eux sont sans pitié et il faut sans cesse gérer les conflits ». Dans ce décor, la lourde tâche éducative laisse-t-elle du temps pour enseigner sa matière ?

Instaurer des règles

« Bien sûr, c’est difficile », concède Virginie. « Il ne faut jamais céder, tout en laissant la parole libre. Pour la bonne conduite du cours, il faut instaurer des règles inflexibles et pour le reste, tout est négociable. C’est paradoxal, mais les élèves me disent souvent, en cas de sanction, que j’ai eu raison de les punir. » Une fois ces règles respectées, peut commencer l’incessant combat de Virginie pour imposer le « bien parler ». « Pour mes élèves, c’est souvent insurmontable. Pour ce qui est de bien écrire, n’en parlons pas ! Ils s’amusent avec la langue, la déforment, fabriquent des expressions improbables… Ce serait drôle s’ils arrivaient à maîtriser un français correct avec les 5000 mots de base, mais ils se perdent dans le mésusage. » Un jour, alors qu’elle tente d’étudier avec ses élèves  de 5e le poème de Victor Hugo « Jeanne était au pain sec », les élèves s’insurgent : « Quoi ? Jeanne est punie pour avoir joué avec le chat et fait des grimaces ? De quoi il se mêle ? C’est quoi cette maquerelle ? Sachez qu’une maquerelle pour eux – homme ou femme – est quelqu’un qui se mêle des affaires des autres. » Quand Virginie leur apprend alors le sens original du mot, les élèves sont littéralement horrifiés ! Côté littérature, il faut choisir des œuvres qui accrochent ces élèves, rarement lecteurs.  Le Roman de Renart est un de leurs préférés car ils adorent les ruses et l’humour de Renart. Ils aiment aussi les histoires d’enfants en souffrance dont ils se sentent proches : Poil de Carotte, Vipère au poing. Les récits de vie comme Le Journal d’Anne Frank ou La Petite Fille du Vel d’Hiv ont du succès. En 3e, Virginie a même étudié Charlotte, de Foenkinos, dont la lecture l’avait émerveillée, et les élèves ont suivi. Il faut adapter sans cesse ses méthodes : jouer un dialogue, tenir un journal comme Anne Frank, écrire une lettre pour dénoncer les agissements de Folcoche, laisser aussi les élèves bouger, travailler en groupes… Virginie apprend beaucoup auprès de ses élèves et se sent profondément utile.

Donner du sens à son métier

« En ZEP, les élèves sont directs, s’ils n’aiment pas quelque chose, ils le disent et quand ils vous aiment, ils le disent aussi ! On dit souvent que les enseignants sont en manque de reconnaissance, pas dans mon collège. Mes élèves ne possèdent pas toujours les bonnes manières, mais ils sont reconnaissants du travail que je fais pour eux. » Ainsi, tout en menant son combat pour faire apprendre le passé simple ou le subjonctif à ses élèves, Virginie s’intéresse aussi à leurs goûts musicaux, pour créer des liens et des références communes. Mais elle est souvent déçue, car résume-telle, « mes élèves valent beaucoup mieux que ce qu’on leur sert ! » Vous avez dit combat ?

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Rire et séduire…

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Par Gabrielle Djouab de Critikat

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La sortie récente en version restaurée de Sérénade à Trois d’Ernst Lubitsch nous donne l’occasion de nous pencher sur le genre de la screwball comedy, né dans les années 1930 aux États-Unis. On y trouve un rapport renouvelé entre le masculin et le féminin fondé sur la rivalité mais aussi sur le partenariat ludique1. C’est le cas dans une séquence de L’Impossible Monsieur Bébé de Howard Hawks, où l’héroïne féminine, excentrique et extravertie, prend le dessus en poursuivant un homme dépassé par les événements.

La bataille des sexes

Katherine Hepburn y incarne une héritière irresponsable et fantasque qui met à mal les plans rigoureux du paléontologue incarné par Cary Grant en l’attirant dans une série de péripéties loufoques. L’intégralité de l’affrontement met en valeur la nature conflictuelle de la séduction : ils descendent et remontent l’escalier dans un jeu de poursuites dont la violence se matérialise par le déchirement des vêtements. Ainsi, la figure du chasseur et de la proie se substitue à celle du séducteur courtois et de sa dulcinée. Or, l’hostilité émane davantage de la chasseuse : Susan semble éprouver une sorte de plaisir cruel à mettre David Huxley dans des situations délicates. L’agacement mutuel entre les personnages souligne un trait essentiel de la screwball comedy : la mise en scène de différences idéologiques et sociologiques radicales entre l’homme et la femme. Là où Susan Vance représente une forme de spontanéité irresponsable, David incarne, au contraire, un cartésianisme exacerbé. Susan appartient à une forme d’aristocratie oisive dans laquelle évoluent les hommes puissants que l’intellectuel Huxley ne parvient jamais à rencontrer. Il ne cesse, par exemple, de manquer ses rendez-vous avec avec Mr. Peabody.

La flapper

Dans un certain nombre de screwball comedies l’héroïne féminine est une femme très investie dans un environnement professionnel (His Girl Friday, Howard Hawks, 1940). Le nouveau modèle féminin de la flapper, femme dynamique qui entretient une relation plus égalitaire avec les hommes, est apparu dans les années 1920. Susan Vance en présente certains traits dans la dernière scène, notamment dans l’indignation qui prend la forme d’une revendication d’autonomie : « Quand je suis en colère, je suis en colère. » Elle se caractérise également par une vitalité physique exaltée par les magazines de l’époque. Sa longue robe lamée associée à un voile sur le visage constitue un costume relativement peu sexualisé. Les rubans, qui encadrent son visage et semblent défier la gravité, lui prêtent une aura très étrange. Lorsque les gestes désordonnés de Susan la conduisent à commettre des maladresses comme déchirer le smoking de son partenaire et sa propre jupe, ces mises à nu soulignent métaphoriquement son aspiration à une forme d’authenticité naturelle loin d’un glamour plus hiératique.

Repenser le contrat de mariage

« Jouons à un jeu » : la suggestion de David Huxley enthousiasme immédiatement Susan Vance dont le visage trahit une euphorie enfantine. Il n’y a là rien d’étonnant si l’on considère que la séduction dans la screwball comedy entraîne très souvent une part de jeu de rôles. Les héroïnes prennent plaisir à multiplier les déguisements pour désorienter leurs amants. À bien des égards, le duo se livre ici à un numéro de music-hall, tant l’un et l’autre s’accusent de se donner en spectacle. La décennie précédente, caractérisée par un pic de divorces, a fait naître un nouveau discours sur le mariage, véhiculé par la publicité et par des réformateurs libéraux. L’union doit être un partenariat librement consenti, fondé sur l’amitié tout autant que sur la tendresse. On trouve des traces de cette injonction à l’équilibre dans les scènes d’affrontement. La fusion comme solution à l’embarras est presque chorégraphiée dans un pas-de-deux improvisé où les corps se mettent à marcher à l’unisson. Qu’il s’agisse de sauver Earl Williams dans His Girl Friday, ou d’organiser une fuite dans New York-Miami (de Frank Capra, 1934) l’héroïne de screwball comedy est avant tout celle qui réveille des énergies vitales, qui propose une entreprise déroutante, une « aventure » au sens propre du terme.

L’Impossible Monsieur Bébé de Howard Hawks, avec Katharine Hepburn et Cary Grant, DVD, Warner Bros, collection « Patrimoine ». La scène étudiée est à visionner sur le lien suivant https://tinyurl.com/hawksbringingup

1. C’est le cas aussi dans Un cœur pris au piège de Preston Sturges, (1941) ou L’Extravagant Mr. Deeds de Franck Capra (1936).

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Un récit autobiographique en 3e

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Dans Ça t’apprendra à vivre, Jeanne Benameur, raconte la violence de l’exil lorsqu’en 1958, sa famille quitte la maison d’Algérie pour un appartement trop grand dans une ville de l’ouest de la France. Ce récit autobiographique à l’écriture limpide, qui est aussi un miroir de l’Histoire, est un très bon choix pour une séquence en 3e.

cliquez sur l’image pour voir un extrait de la séquence

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Le numérique en question

Publié le par La rédaction NRP

numerique_article Alors qu’il tend à se développer, notamment avec les lycées 4.0, l’utilisation du numérique en classe est souvent remis en cause.  Les « pour » y voient un formidable outil de personnalisation et d’autonomie, les « contre » le dénigrent, l’accusant de vouloir se mettre à la place du professeur.  La réalité est beaucoup moins tranchée. Le numérique a ses forces et ses limites : c’est un outil pédagogique comme un autre.  

Dans son livre Apprendre avec le numérique, mythes et réalités, Franck Amadieu, enseignant-chercheur en psychologie cognitive et ergonomie, revient sur 10 mythes à propos du numérique. On en retiendra principalement qu’il n’y a pas de magie « numérique », de la même manière qu’il n’y a pas de société numérique ni même de digital native, les différences sociales et culturelles se répercutant sur les aptitudes des élèves à se servir du numérique. De même, le numérique ne motivera pas davantage les élèves et ne les rendra pas plus autonomes.  Tout dépend du niveau de départ de l’élève : celui qui a déjà des connaissances et qui est capable de faire preuve d’autonomie dans son travail tirera plus facilement avantage du numérique qu’un élève en difficulté.  Ces derniers, peu importent les moyens mis en œuvre,  auront toujours besoin d’un encadrement renforcé pour avancer.

Alors comment utiliser au mieux le numérique ? Comment le professeur peut-il accompagner les élèves dans leur apprentissage ? Comment les outils peuvent-ils être mobilisés par les élèves ? Franck Amadieu, nous a donné quelques réponses à l’occasion d’une conférence Educatec-Educatice au salon en novembre 2017.

Tout d’abord, que sont les ressources et documents multimédias ? Le plus souvent des vidéos, des animations voire des liens hypertextes dans un document linéaire. Ces ressources apportent des informations nouvelles de manière  interactive et dynamique. Une interactivité supposée rendre plus attractifs les contenus et par conséquent favoriser l’apprentissage. Ces ressources, en raison de leur diversité de présentation, permettraient également aux élèves de choisir le moyen d’apprendre qui leur convient le mieux et participeraientt à une meilleure personnalisation. Ces présupposés reposent sur l’idée selon laquelle il y aurait plusieurs types d’apprentissage basés sur les différentes mémoires. Mais s’appuyant sur diverses expériences, Franck Amadieu  démontre que le processus de mémorisation n’est pas si segmenté.  Ainsi, il n’y aurait pas de mémoire « visuelle », « auditive » ou « corporelle ». Le meilleur moyen d’apprendre et de retenir serait d’associer du pictural (photo, illustration, schéma) à du verbal (texte lu ou écrit), le pictural renvoi à ce qui est concret et le verbal à l’abstrait ces formats n’ont pas la même fonction cognitive, il est nécessaire de stimuler les deux.  Dans cette optique, il faut prendre garde à ne pas multiplier les sources d’informations au risque de perdre les élèves et de diminuer leur performance. Là où nous aurions tendance à vouloir en faire beaucoup, il faudrait être simple et concret.  

Pour Franck Amadieu, si le numérique doit être adapté à tous les élèves, ceux-ci ne doivent pas avoir autant de choix, même si concrètement, ce système trop directif ne leur plait guère. Il propose d’utiliser un système de guidage de l’information qui reviendrait à contraindre l’élève à se fixer sur un point précis, puis sur un autre, et favoriserait la compréhension de l’élève. Il présente ce « guidage » comme « un ensemble d’instructions à suivre en plusieurs étapes orientant différents traitements de l’information » :

  • identification des informations principales ;
  • traitement des relations entre les informations ;
  • explication des relations entre les informations.

De même, pour faciliter la compréhension de l’information, il préconise un chemin d’accès clair. Il remet ainsi en question l’utilisation des cartes mentales, qui pour lui n’améliorent pas la performance des élèves. Le guidage en revanche, du moment qu’il est « structurant mais non restrictif », permet d’aider les élèves à prendre la bonne décision tout en leur laissant le choix.

Pour Franck Amadieu, le guidage des ressources numériques devraient donc :

  •  aider à la sélection d’informations pertinentes ;
  •  aider à la construction des relations entre informations et structure globale ;
  • accompagner la mise en œuvre d’informations utiles à l’apprentissage ;
  • accompagner des stratégies plutôt que de laisser trop de choix.

Il suggère également de faire disparaitre ce guidage à mesure que  l’élève progresse.

Pour conclure, il souligne qu’il est nécessaire de mieux comprendre comment les élèves apprennent tout en gardant en mémoire que chacun est différent.  Il insiste enfin sur la nécessité de former aux compétentes utiles permettant d’analyser les informations (comprendre un document, analyser une image) et sur la mise en œuvre d’un guidage habile.

Ces réflexions sur le guidage font écho à l’article paru dans le numéro NRP collège de novembre 2017 « Sciences cognitives et pédagogie, une association fertile » où Pascal Champain insiste sur l’importance de la mise en scène du support et propose des solutions d’accompagnement pour focaliser l’attention.  Les utilisateurs de manuels numériques,  par exemple, peuvent utiliser les fonctions « cache », « spot »  des viewer pour mettre en avant ou cacher une information. Mettre une flèche pour indiquer où le regard doit se poser. Le professeur peut ainsi structurer la double-page du manuel, pour guider les élèves en difficultés.

Dans tous les cas même le plus performant des outils ne remplacera le meilleur des guides, le professeur.

A.G.

Publié le par La rédaction NRP