Au Louvre, en regardant en écrivant

Publié le par la redaction nrp

Gaëlle Bebin : Qu’est-ce qui vous intéresse dans cette expérience ? Que souhaitez-vous apporter aux stagiaires ?
Véronique Ovaldé : J’aime cette idée d’écrire in situ, et de pouvoir partager mon plaisir de lectrice en choisissant des textes. Je crois que l’intérêt pour les participants est que ce soit un écrivain qui mène l’atelier, et qu’il parte de ses propres problématiques d’écriture. Or un de mes problèmes est que le « je » du narrateur soit un autre, c’est ce que je disais au cours de l’atelier sur l’importance de l’incarnation des personnages imaginaires. Comme j’écris à tâtons, j’ai demandé aux stagiaires de décrire la Marquise de Goya sans leur donner à l’avance d’informations sur elle, sans leur dire qu’elle est très malade par exemple. J’ai choisi un portrait en pied parce que souvent, l’écriture d’un livre va commencer chez moi par la silhouette d’un personnage, que je vois, ainsi qu’un détail dans sa chevelure. Mais parfois, c’est son nom qui arrive d’abord, comme Lancelot dans Et mon cœur transparent. La première phrase du roman m’est venue : « La femme de Lancelot est morte cette nuit. » Je me suis demandé comment j’allais faire avec un nom pareil mais je ne voulais pas le changer. Alors j’ai imaginé qu’à leur première rencontre, sa femme avait décidé de l’appeler Paul… D’autres fois, ce sont des photos comme celles de Diane Arbus, qui ont pu m’inspirer un personnage.

G. B. : -Est-il anodin que vous ayez choisi avec La Marquise de La Solana un Véronique Ovaldé © Gaëlle Bebintableau représentant une femme ? Elles sont très présentes dans vos récits, qui tournent souvent autour de leur énigme : la mort d’une femme (Et mon cœur transparent), ou sa disparition (Déloger l’animal). Ce que je sais de Véra Candida est une histoire de femmes, et celles du Sommeil des poissons se passent très bien des hommes…
V. O. : – En effet, j’adore décrire des personnages féminins. Peut-être parce qu’il me semble que chez elles l’apparat, l’apparence est plus importante, donc que le rapport entre surface et profondeur va être plus intéressant. C’est là que je trouve le mieux la discordance, le détail qui contredit le reste. D’ailleurs, je m’aperçois que dans les textes que j’ai distribués aujourd’hui, de Roberto Bolaño, Proust, Duras, Kundera et Lobo Antunes, il ne s’agit que de descriptions de personnages de femmes !

G. B. : Comment avez-vous conçu les quatre séances d’atelier d’écriture au Louvre ?
V. O. : – Imaginer le lieu de la fiction est essentiel, c’est pour cela que le premier atelier a consisté à décrire un espace. J’ai proposé comme support Les Pantoufles de Van Hoogstraten, un intérieur vu à travers trois portes ouvertes qui ménagent beaucoup d’ouvertures latérales, ce qui ouvre l’imaginaire dans un lieu pourtant fermé. J’aime beaucoup ces paysages d’intérieurs de la peinture hollandaise, qui sont de véritables éloges du quotidien. Ensuite vient le portrait du personnage, avec Goya, puis la construction de l’intrigue : j’ai choisi Le Tricheur à l’as de carreau de Georges de La Tour et L’Accordée de village de Greuze pour les deux derniers ateliers.  En un instant, il se passe beaucoup de choses dans ces deux tableaux. Pour le premier, où la circulation des regards est passionnante, je demanderai de faire dialoguer les joueurs. Il s’agira, pour le deuxième, d’écrire le monologue intérieur d’un des personnages (le vieux père, ou la sœur jalouse par exemple). Et je donnerai à lire des extraits de Joyce et de Faulkner…

À voir :

l’atelier d’écriture mené par Tanguy Viel au Louvre en 2010, autour du Couronnement de la Vierge de Tintoret.

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