Archives mensuelles : mai 2019

Philippe Grimbert, Un secret

Publié le par La rédaction NRP

Par Florence Renner, professeure de lettres modernes, et Fabrice Carnet, professeur de lettres modernes et formateur à l’ESPE de Lyon

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Auteur et psychanalyste rendu célèbre par ce roman publié en 2004, après la mort de son père, Philippe Grimbert a su faire de cette histoire individuelle une histoire qui parle au cœur de tous. Il évoque dans un entretien ces nombreux témoignages de lecteurs qui lui avouent s’être entièrement retrouvés dans ce récit, et explique ainsi les raisons du succès de son livre : « Cela me fait penser qu’un livre qui fonctionne raconte forcément au lecteur son propre vécu, même s’il est très différent. Ici, cela tient au fait que le livre touche à une chose qui nous concerne tous : le secret de famille. »

Un roman autobiographique qui plaît aux Troisièmes
Ce roman est souvent étudié en classe de troisième, et il rencontre généralement un franc succès. Les élèves sont en effet touchés par l’histoire de ce garçon dont l’âge n’est pas très éloigné du leur, eux qui sortent à peine de l’enfance ; et le contexte historique, la Seconde Guerre mondiale, est toujours porteur pour eux d’émotions fortes. Certains passages les bouleversent, comme le sacrifice d’Hannah qui emmène Simon avec elle vers une mort certaine, ou la projection du film sur les camps de la mort dans le lycée du narrateur. D’autres les émeuvent, l’amour entre Maxime et Tania, la faiblesse du père à la fin du roman, la découverte du cimetière des chiens… Mais surtout, le souffle si particulier de l’auteur, cette écriture simple et immédiate, les touche au cœur, et les jeunes lecteurs sortent généralement troublés de cette histoire.

Un livre, un film
Il serait dommage de ne pas étudier le roman en parallèle avec le très beau film qu’en a tiré Claude Miller en 2007, avec Cécile de France et Patrick Bruel dans les rôles principaux. Miller qui lui aussi avoua un secret de famille, et qui donne au roman une portée nouvelle par ses choix de narration cinématographique, alternance de scènes en couleurs et en noir et blanc, selon une narration inversée. Les acteurs donnent un visage, une voix, une attitude aux personnages croisés dans le roman, et les élèves pourront s’interroger alors sur le travail d’adaptation d’un roman en film.

Ce que propose la séquence
On demandera aux élèves de lire le roman avant le début de la séquence, en autonomie. Ils rencontreront peut-être certaines difficultés, qui seront levées par l’étude de passages précis faits en classe et par le travail transversal proposé sur certains grands thèmes de l’œuvre. Les séances proposées permettent en effet de circuler dans l’œuvre en alternant étude générale et focus sur des passages essentiels, selon des modalités de travail en groupes, en binômes ou individuel. Il s’agit d’inciter les élèves à développer leur interprétation d’une œuvre à fort potentiel symbolique, tout en les préparant aux épreuves du brevet et à l’analyse de film. Les fiches accompagnent et prolongent cette lecture de l’œuvre, en proposant en particulier une lecture cursive supplémentaire, elle-même suivie d’une adaptation filmique : celle du roman Effroyables Jardins de Michel Quint, mis en film par Jean Becker en 2003.

Publié le par La rédaction NRP

La mer et la littérature

Publié le par La rédaction NRP

En ce mois de mai, en prémices de l’été, la mer est notre invitée d’honneur. Une mer romanesque et poétique, source d’inspiration pour les artistes et motif récurrent dans la littérature, comme le retrace notre Dossier. Lieu magique dans le recueil de nouvelles de Le Clézio (6e), elle émerveille et effraie chez Victor Hugo (5e), et se présente comme un personnage à part entière dans Moby Dick, ce roman-océan, œuvre majeure de la littérature mondiale (4e).

Découvrez les premières pages de chaque séquence en cliquant sur les images

Séquence 6e – Mondo et autres histoires de J.-M. G. Le Clézio

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Séquence 5e – Vents et marée : le souffre hugolien

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Séquence 4e – Moby Dick, un roman océan

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Publié le par La rédaction NRP

Luc Ferry et la transmission des mythes

Publié le par La rédaction NRP

Propos recueillis par Claire Beilin-Bourgeois

Thesee-ou-la-loi-du-courageLa transmission des mythes, que les programmes scolaires ont longtemps appelés « textes fondateurs », est pour Luc Ferry une affaire sérieuse. À la collection de bandes dessinées qu’il dirige chez Glénat depuis quelques années, s’ajoutent désormais les premiers volumes d’une série de récits illustrés destinés aux élèves des collèges.

Quelle est la spécificité de cette nouvelle collection pour la jeunesse ?
La différence avec une collection destinée à des lycéens ou à des adultes est beaucoup moins importante qu’on pourrait le penser. Les enfants sont bien plus intelligents qu’on ne croit, dès lors qu’un récit les intéresse vraiment. La collection jeunesse est, bien entendu, moins détaillée qu’une version des mêmes récits racontés à des adultes. Mais les grands mythes sont au fond les mêmes de « 7 à 97 ans », pour parodier la fameuse formule de Tintin.

 Vous parlez d’érudition dans votre présentation de la collection. Jusqu’où va-t-elle ?
Jusque dans le détail, ce qui n’empêche nullement la lecture d’être accessible aussi bien à un enfant de sept ou huit ans qu’à ses grands-parents. J’évite les mots savants, ou je les explique quand je les emploie, et j’ai conscience à chaque phrase que je m’adresse à des enfants. Les parents qui se serviront de ces livres pour les lire à leurs enfants ne perdront pas leur temps : ce sera tout aussi passionnant et utile pour eux que pour les petits. Il n’y a pas d’erreurs, ni dans les noms, ni dans l’intrigue du récit, ni dans les lieux ni, a fortiori, dans le sens du mythe. Tout est absolument fidèle aux textes d’origine, d’abord et avant tout à Homère et Hésiode, bien sûr, mais aussi aux grands poètes et tragédiens du VIe ou du Ve siècle.

Que cherche-t-on dans la lecture des mythes ?
Les mythes grecs portent moins sur la morale, sur le bien et le mal, que sur la sagesse et le sens de la vie et c’est en cela qu’ils sont passionnants, bien plus intéressants que des fabliaux qui ne se termineraient pas par une leçon édifiante… Si ça marche depuis près de 3 000 ans, c’est qu’il y a dans les mythes, comme dans les grands textes sacrés, des messages d’une profondeur abyssale qui touchent toutes les grandes questions de la vie humaine : la guerre, l’amour, la haine, le mensonge, la ruse, mais aussi la question du sens de l’existence, du salut et de la vie bonne. Les grands mythes parlent aux enfants autant qu’aux adultes et réciproquement.

En tant qu’ancien ministre de l’Éducation nationale, êtes-vous favorable à un enseignement précoce de la philosophie ?
Non j’y suis très opposé. Je ne pense pas qu’on puisse commencer sérieusement la philosophie avant la classe de seconde. On peut certes parler de mille choses profondes avec de jeunes enfants, mais pas de Spinoza ou de Kant, or on ne peut pas entrer en philosophie aujourd’hui en faisant l’impasse sur les grands auteurs.

Que pensez-vous de la nouvelle discipline qui sera prochainement enseignée au lycée, « Humanités, littérature et philosophie » ?
J’ai regardé le programme et je le trouve mille fois trop compliqué. J’aurais préféré qu’on se borne à exposer à nos élèves trois ou quatre grandes visions du monde, par exemple le stoïcisme et la cosmologie grecque, la révolution scientifique des Lumières, la naissance de la pensée contemporaine avec Schopenhauer et Nietzsche… Ce serait largement suffisant et beaucoup plus intéressant que cet éparpillement de thèmes et d’auteurs prévu dans le programme actuel.

Publié le par La rédaction NRP