Archives mensuelles : février 2019

Quand la bande-dessinée réinvestit l’histoire contemporaine

Publié le par La rédaction NRP

Antony Soron, Maître de conférences HDR, Sorbonne Université

Depuis le premier album d’Hergé, Tintin au pays des soviets, dont on va fêter cette année le quatre-vingt dixième anniversaire de la prépublication dans la revue « Le Petit Vingtième » (1929), l’histoire contemporaine a constitué une source féconde d’inspiration pour les auteurs de bande dessinée. Plusieurs albums récents viennent confirmer cet intérêt du neuvième art pour des faits que l’historiographie est parvenue à exhumer.

La fiction au plus près de la réalité historique
La rencontre entre BD et histoire contemporaine est manifeste dans le dernier album des aventures de Blake et Mortimer, La Vallée des immortels. L’aventure scientifique et archéologique qui sert de trame narrative s’inscrit en effet sur fond de rivalité entre Tchang Kaï-Chek et l’opposition communiste en Chine. Néanmoins, les péripéties auxquelles sont mêlés les deux héros laissent la réalité historique en arrière-plan. À l’inverse, l’entreprise d’Émile Bravo dans Spirou, Le Journal d’un ingénu, qui revient aux origines du fameux héros à la houppe rousse, s’applique à maintenir la vraisemblance d’une histoire débutant à « Bruxelles, été 1939 ». Le lecteur découvre Spirou comme un tout jeune homme, orphelin, élevé par des religieux, destiné à devenir groom dans un grand hôtel de capitale belge : le Moustic Hôtel. Or, dans le cadre de la genèse du personnage, Spirou apparaît bien comme un ingénu, complètement inconscient de la tragédie mondiale qui se prépare. Émile Bravo élimine le côté loufoque de la série popularisée par Franquin : pas de Zorglub, mégalomane excentrique, pas de Comte de Champignac non moins baroque. Comme un jeune de l’époque, Spirou prend conscience de ce qui se trame à l’échelle mondiale réalisant progressivement la gravité des tractations à l’œuvre dans le propre hôtel où il officie. Et tout le paradoxe de l’aventure réside dans le fait que c’est une soubrette, apparemment innocente, qui va lui révéler ce qu’il n’avait jamais présagé jusqu’alors : « Alors, il va y avoir la guerre dans ton pays ? » (Pologne) / « Mmmh… À moins d’un miracle, mais je ne suis pas croyante » (40).
La carte de l’expansion nazie, en pleine page (46) ainsi que la représentation tragique (68) du bombardement de la Pologne avec le bandeau, « Honorant leur alliance, la France et la Grande-Bretagne entrèrent en guerre contre l’Allemagne » soulignent combien l’auteur a voulu placer ses personnages, Spirou et son acolyte Fantasio, au cœur de l’histoire en marche. La suite de leurs aventures, intitulée L’Espoir malgré tout, débutant en janvier 1940, poursuit naturellement l’exploration de cette guerre éclair qui aboutira à unconflit mondialisé.

Le goût de l’histoire
Les auteurs de bande dessinée ont progressivement assuré leur légitimité en investissant des « territoires » présumés inaccessibles par les contempteurs du neuvième art. Même si le parallèle peut sembler osé, la démarche de certains d’entre eux peut être apparentée à celle des écrivains réalistes du milieu du dix-neuvième siècle qui ont voulu faire du roman un genre « sérieux ». Non pas évidemment qu’Émile Bravo ait voulu se prendre au sérieux cependant, la capacité de la bande dessinée à scénariser, à imager et à mettre en mot l’histoire a permis de valider l’idée d’un art véritablement créatif et réflexif et non pas seulement illustratif et distrayant.
De ce point de vue, il semble justifié de mettre en perspective la singularité de l’entreprise de Tardi, de La Der des ders à C’était la guerre des tranchées, et même si l’auteur se refuse à ce que l’on apparente stricto sensu à un historien, son rapport aux faits historiques devient de plus en plus serré.
À ce titre les trois volumes consacrés à son père, « prisonnier au Stalag », rendent possible une approche singulière de tout ce qu’a pu vivre un homme simple non seulement en temps de guerre mais aussi durant l’après-guerre. Du point de vue textuel proprement dit, le troisième tome publié tout récemment se révèle d’une grande richesse informative comme si Tardi avait souhaité tout dire sur cette « fin » de deuxième guerre mondiale, dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle ne s’est pas faite en seul un jour de « débarquement » héroïque. L’auteur n’utilise pas son art graphique afin de donner une vision panoramique de l’histoire mais un plan plus serré. Il ne livre pas une l’histoire illustrée dans ses grandes phases mais l’histoire qui désintègre les hommes, qui les broie. Certaines cases ont d’ailleurs quelque chose des peintures de guerre de l’artiste allemand, Otto Dix (1891-1969) tandis que le propos reste à la fois précis et cinglant, évitant de fait une lecture de la Seconde Guerre mondiale totalement manichéenne, comme en témoigne une bulle du tome 3 (39) : « En Italie, après la prise de Monte Cassino, la Wehrmacht plie bagage. C’était au mois de mai de l’année dernière. Les soldats du Corps expéditionnaire français se déchaînent. Femmes, hommes, enfants de 8 à 86 ans sont violés ! Le nombre des victimes varie de 2000 à 60000 (selon les sources) !! »
La bande dessinée, qui introduit ici le regard d’un enfant qui cherche à comprendre le drame vécu par son père, permet de réactualiser en images des aspects de l’histoire contemporaine restés à tort à la marge. Néanmoins, elle ne le fait pas avec une intention polémique mais avec sérieux et conviction comme en témoigne à titre exemplaire dans le tome III de Stalag, un dossier en postface matérialisant le caractère méticuleux de la recherche de Tardi contenant une bibliographie conséquente.

L’Histoire et l’histoire familiale
L’investissement d’une période spécifique de l’histoire contemporaine peut être lié, comme c’est le cas pour Tardi, au fait que des parents proches en aient été les protagonistes : le grand-père de l’auteur ayant été mis à l’épreuve surréaliste de la guerre des tranchées : « C’était donc lui qui avait vécu tout ça… J’avais peine à y croire. Il avait été blessé plusieurs fois et aussi gazé. Mais la question qui me tarabustait était de savoir s’il avait tué des Boches ? » (Stalag III, 127). Le voyage de Marcel Grob mérite également une attention particulière. En effet, l’auteur, le journaliste radio Philippe Collin, a entrepris de réhabiliter une figure familiale honnie, alors qu’il était un jeune homme, celle de son grand-oncle : Alsacien enrôlé contre son gré à la SS et par là même impliqué dans des massacres de civils comme celui du 25 septembre 1944 dans la région italienne de Marzabotto. Structuré selon deux plans narratifs complémentaires, l’interrogatoire de Marcel Grob, alors âgé, par un juge chargé de l’instruction des crimes de guerre, et le récit de l’aventure terrifiante vécue par le jeune alsacien. L’enjeu de cette bande-dessinée se révèle par conséquent non pas unique mais triple. Il s’agit certes d’informer sur la réalité des « malgré-nous », soit l’incorporation dans la SS à partir de novembre 1942 et tout au long de l’occupation allemande de 100 000 Alsaciens et 30 000 Lorrains, nés entre 1909 et 1926 (dossier historique intégré à la BD, page 182). Mais l’intention est aussi de faire réfléchir sur la notion même de désobéissance, qui dans le cas des « malgré-nous », était quasi impossible. Enfin, l’idée consiste à montrer des hommes comme Ils étaient, en cherchant à s’abstraire d’une opinion strictement à charge, comme fut celle du magistrat à l’égard de son grand-oncle. D’où le fait que le dessinateur reste très focalisé sur les visages des personnages : comme si celui des lecteurs pouvaient se refléter dans le leur.
À la différence de l’album de Tardi, plus truculent et baroque, malgré les sujets dramatiques qu’il met en scène, Le Voyage de Marcel Grob reste concentré sur le parcours du « malgré-nous » en adoptant une esthétique percutante. L’utilisation de la couleur sépia combinée à un surlignage marqué des traits des visages pour traduire l’intensité émotionnelle des personnages, contribue à asseoir la valeur testimoniale de l’ouvrage, que l’on peut apparenter à un roman graphique, à mille lieux des comics d’antan.
La BD se révèle par conséquent un formidable medium pour aborder les angles morts de l’histoire contemporaine, ou si l’on préfère ses zones d’ombre. Stalag III comme Le Voyage de Marcel Grob, pris en tant qu’exemples dans notre propos, offrent au lecteur la possibilité d’un questionnement durable. Le poids des mots et la morsure des images ne tendent pas prioritairement vers le spectaculaire. En effet, il s’agit d’œuvres à lire, relire, qui nécessitent des fixations du regard mais aussi des retours en arrière. On est loin des illustrés vite lus et des comics échappatoires au réel. La BD pose son regard sur le monde d’hier, récusant au même titre que le cinquième art derrière lequel la critique l’a longtemps reléguée, l’amnésie collective des petits faits vrais qui ont fait la grande Histoire en même temps qu’ils ont défait les hommes.

BIBLIOGRAPHIE

• Thierry Groensteen, La Bande-dessinée, une littérature graphique, Milan, coll. LesEssentiels, 2005
• Hergé, Tintin au pays des soviets, Casterman, réed.2017.
• Yves Sente (auteur), Peter van Dongen illustrateur), La Vallée des immortels, Blake et Mortimer, 2018.
• Philippe Collin (auteur) et Sebastien Goethals (dessinateur), Le Voyage de Marcel Grob, Futuropolis, 2018.
• Daeninckx (auteur), Tardi (dessinateur), La Der des Ders, 1997.
• Tardi, C’était la guerre des tranchées,Casterman, nouvelle édition, 2014. Moi René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB, 2018.
• Émile Bravo, Spirou, Le Journal d’un ingénu, Dupuis, réed. 2018. Spirou, L’Espoir malgré tout, Dupuis, 2018.

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Des nouvelles fantastiques du XIXe siècle à étudier en 4e

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Par Rachel Druet et Adeline Pringault-Leguy

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La Main de Guy de Maupassant, La Tresse noire d’Erckmann-Chatrian, Le Pied de momie de Théophile Gautier, Le Portrait ovale d’Edgar Allan Poe, Le Monstre vert de Gérard de Nerval sont regroupés autour du thème programmatique : « Quand le quotidien devient étrange… » Ouvrir ce « Carrés Classiques » avec nos élèves, c’est entrer au cœur du fantastique et de la littérature du XIXe siècle.

Des fictions au cœur du cycle 4

En 4e, les élèves font le pont entre l’ouverture aux univers nouveaux qu’ils avaient pratiquée l’année précédente et l’étude des romans d’anticipation et de science-fiction qu’ils liront en 3e. « La fiction pour interroger le réel » oriente la thématique « Regarder le monde, inventer des mondes ». Et c’est bien à l’invention de mondes que nous convions les élèves en étudiant le fantastique. Pour nombre d’entre eux, aborder le fantastique est aussi aborder une littérature classique proche des livres de fantasy vers lesquels ils vont plus spontanément. Cette lecture, exigeante, devient également séduisante. Dans nos séances, nous avons mis l’accent sur des activités interprétatives, des propositions de débats, des dialogues entre les auteurs et les arts, afin de faire résonner les œuvres littéraires parmi les interrogations humaines. Par ailleurs, nous avons choisi de consacrer plusieurs séances à des ateliers d’écriture variés qui développent la créativité des élèves sous des formes diversifiées, qui peuvent être suffisamment divertissantes pour susciter le goût d’écrire. Un des buts de ces ateliers est d’inciter les élèves à étoffer leur cahier d’écrivain. Le professeur pourra ainsi encourager les élèves à écrire des textes courts autour d’une consigne simple : dresser une liste d’objets au potentiel fantastique, inventer un parcours inquiétant dans le corps humain, décrire et dessiner un lieu hanté… Les textes créés librement dans le cahier d’écrivain sont autant d’entraînements à l’écriture qui donnent de l’aisance aux élèves. Lors des tâches finales évaluées, ils sont ainsi plus à l’aise avec l’exercice d’écriture longue.

Ressources pour le professeur

Les séances du supplément sont autant de pistes d’exploitation pour l’enseignant qu’il ajuste selon sa progression, ses élèves ou ses envies. Une séquence peut se construire avec l’ensemble des nouvelles de l’édition « Carrés Classiques » ou autour d’une seule. Par ailleurs, nous avons panaché les niveaux de difficultés des fiches pour qu’elles soient utilisables à différents moments de la progression du professeur.
La nouvelle de Gérard de Nerval, Le Monstre vert, présentée en « autre lecture » à la fin du volume est intégrée dans nos séances. Les bilans de lecture et exercices d’expression du « Carré Classique » peuvent être proposés en autonomie aux élèves à l’issue d’une lecture cursive.
L’enseignant trouvera dans ce supplément des pistes pour aborder d’autres textes fantastiques du XIXe siècle en écho aux textes proposés. Le carnet de littérature, s’il est mis en place, peut accueillir et compléter les réflexions des élèves et favoriser leur posture d’auteur. Les supports iconographiques, extraits de films ou images telles que tableaux ou illustrations, permettent également de nourrir la réflexion sur les liens entre les œuvres et leurs inscriptions dans un « contexte historique et culturel », ainsi que le préconisent les attendus de fin de cycle 4. Le professeur en profitera pour aborder l’épreuve orale du Diplôme national du brevet, que les élèves présenteront l’année suivante et dont l’esprit se rapproche de ces mises en lien et en tension d’œuvres.

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Autour de Frankenstein

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Qui n’a jamais entendu parler du monstre du docteur Frankenstein ? Dans ce numéro, nous le découvrons sous toutes ses formes ! La séquence 3e est consacrée au magnifique roman de Mary Shelley et débouche sur une étude d’image qui montre comment le cinéma a donné un visage à l’être de papier.

Une analyse du film réalisé par James Whale en 1931 offre l’occasion de travailler sur un chef-d’œuvre de l’histoire du cinéma.
Découvrez-là en cliquant sur l’image ci-dessous.

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Michel Tournier, Sept contes – n° 661-2 janvier 2019

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Mythes américains – n°661 janvier 2019

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1492 : le premier voyage de Christophe Colomb vers le Nouveau Monde(5e)

Calamity Jane : la ruée vers la liberté (4e)

L’Attrape-cœurs de J.D. Salinger (3e)

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