Archives mensuelles : décembre 2018

Sept contes de Michel Tournier

Publié le par La rédaction NRP

Par Léo Lamarche et Anne Pascal

Un grand roi se fait arracher un à un les poils de sa barbe par un oiseau malicieux ; Pierrot, amoureux de Colombine, voit arriver Arlequin, rival heureux puis malheureux ; le Petit Poucet décide de fuguer un beau jour, loin d’un père autoritaire et découvre une vie en harmonie avec ses valeurs profondes… Tour à tour captivants, poétiques, philosophiques ou anticonformistes, symboliques ou métaphoriques, les Sept contes de Michel Tournier s’approprient les figures célèbres de la littérature mondiale et les restituent en récits fantastiques et oniriques propres à enchanter ou interroger leurs lecteurs.

Un recueil surprenant

La forme autoproclamée du conte permet aux élèves de sixième de vérifier leurs connaissances sur un genre qu’ils connaissent, pour ensuite comprendre comment Michel Tournier s’en écarte en transgressant certains codes, et faire une lecture plus approfondie des textes. Par l’étude attentive de la langue limpide de l’auteur et les ouvertures culturelles que suggèrent les nombreuses références convoquées dans ces contes, l’objectif de ce supplément est d’amener les jeunes lecteurs à élaborer le sens d’un récit en tenant compte de son aspect symbolique et en faisant la part belle à l’imagination. L’étude de ce recueil entre dans la thématique du récit d’aventures par les dimensions initiatique et merveilleuse des contes. Elle fait aussi appel à celle des récits de création puisque les contes célèbrent le monde à leur manière et créent des univers particuliers.

Une démarche dynamique

Pour plus de clarté et de maniabilité, le supplément de janvier 2019 permet d’étudier chaque conte individuellement, même si des pistes de réflexions transversales sont fréquemment abordées. Nous proposons des angles d’approche différents et des activités variées afin que les élèves, déjà familiarisés avec certains contes dès le début du cycle 3, parviennent à les redécouvrir : écriture d’invention (récits et poésies), écrits de travail et mise en forme de recherches (initiation à la fiche biographique), dessin, lecture de l’image, étude de la langue (vocabulaire et outils de la description)… L’étude du recueil est organisée en quatre temps. Tout d’abord, les élèves se réapproprient les « ingrédients » du conte : le schéma narratif, l’écho avec d’autres contes, puis la transgression du genre. Les contes sont ensuite étudiés comme des récits initiatiques en interprétant leur signification métaphorique. Enfin, une invitation à l’écriture permet de prendre ces récits comme points de départ d’activités créatrices.

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Publié le par La rédaction NRP

Célébrer le centenaire de la naissance de Salinger

Publié le par La rédaction NRP

Par Claire Beilin-Bourgeois

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Ce 1er janvier 2019, J. D. Salinger aurait eu 100 ans. L’occasion pour son éditeur français Robert Laffont et pour la NRP de fêter un écrivain dont la voix est celle d’une éternelle adolescence.

La recette d’un succès
En 1951, les premiers lecteurs ont été marqués par la langue de ce récit à la première personne qui nous embarque dans la vie, les craintes et les rêves du jeune Holden Caulfield. Si certains ont d’abord été heurtés par les tournures familières et par la désinvolture de la syntaxe, d’autres ont immédiatement perçu une parole vivante et maîtrisée. Et parce qu’il raconte les chemins et les détours qui mènent de l’enfance à l’âge adulte, par la manière dont il parle de la famille, des liens qui se font et se défont, L’Attrape-cœurs a rapidement été considéré comme un classique du roman d’apprentissage.

Célébrer une aventure éditoriale
Le premier roman de Salinger a connu huit réimpressions dans les deux mois qui ont suivi sa publication aux États-Unis. Or, si le succès a été immédiat dans ce pays, il n’en a pas été de même en France. En 1953, l’éditeur français Robert Laffont rachète les droits et le publie sous le titre un peu énigmatique de L’Attrape-cœurs, en référence au roman de Boris Vian L’Arrache-cœurs.
Mais les errances de ce lycéen américain renvoyé de son école quelques jours avant Noël n’intéressent pas les lecteurs français. Il faudra attendre, presque dix ans plus tard, la publication du recueil Nouvelles pour que Salinger trouve son public en France. Depuis, le succès de L’Attrape-cœurs ne s’est jamais démenti. Génération après génération, le charme opère. Pour cet anniversaire, les éditions Robert Laffont publient plusieurs versions du célèbre petit livre orange dans sa collection « Pavillons Poche » : une édition bilingue avec une couverture bleue, ainsi qu’une édition collector avec de belles gardes jaunes et une couverture cartonnée.

Un projet avec des collégiens d’Île de France
Pour fêter dignement un livre sur la jeunesse, il fallait associer à l’événement de jeunes lecteurs d’aujourd’hui. L’éditeur français a choisi d’organiser un projet scolaire autour de L’Attrape-cœurs auquel participent deux classes de 3e de la région parisienne. Trois rencontres sont prévues au fil de l’année. Les 12 et 13 décembre, les éditrices des éditions Robert Laffont Maggie Doyle et Marine Alata se sont rendues dans les deux établissements à la fois pour présenter l’œuvre de Salinger et pour parler de leur métier. En janvier, les professeurs de français feront étudier L’Attrape-cœurs à l’aide de la séquence proposée dans la NRP de janvier 2019. Les élèves des deux classes se retrouveront en mars pour échanger sur le livre, et organiser en juin un dernier rendez-vous au cours duquel ils rencontreront Matt Salinger, le fils de l’auteur, et des écrivains contemporains passionnés par l’œuvre de J. D. Salinger.

J. D. Salinger, L’Attrape-cœurs, éd. bilingue,Robert Laffont, « Pavillons Poche », 2018, 8 €
L’Attrape-cœurs a connu deux traductions françaises, qui font des choix assez radicalement différents. Celle de Jean-Baptiste Rossi (qui deviendra plus tard Sébastien Japrisot) cherchait à rendre la voix juvénile et directe du jeune homme. La plus récente, d’Annie Saumont, colle davantage au texte d’origine. Comme l’anglais de Salinger est relativement facile à comprendre, il est pertinent – et réaliste – de proposer aux élèves de le lire dans la version originale grâce à l’édition bilingue.
Existe aussi en édition unilingue et en édition collector

J. D. Salinger, Nouvelles, Robert Laffont, « Pavillons Poche », 2017, 9 €
Salinger est d’abord un nouvelliste, connu pour ses publications régulières dans The New Yorker. En 1945, il publie une nouvelle dans laquelle Holden Caulfield apparaît pour la première fois, bien avant de devenir un personnage romanesque. Les Nouvelles (Nine Stories) réservent de belles surprises, mêlant réalisme, fantaisie et poésie.

Publié le par La rédaction NRP

Le retour de la dictée

Publié le par La rédaction NRP

Par Antony Soron, ESPE Sorbonne Université

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Combien d’exercices scolaires ont reçu les honneurs de la littérature ? On pense bien entendu à la rédaction décrite par Nathalie Sarraute dans Enfance ou encore à la récitation rapportée par André Gide dans Si le grain se meurt. Mais comment oublier aussi la fameuse dictée de Topaze dont Marcel Pagnol rend compte dans sa pièce éponyme : Topaze, il dicte en se promenant. – Des moutons… Des moutons… étaient en sûreté… dans un parc ; dans un parc. (Il se penche sur l’épaule de l’Élève et reprend.) Des moutons… moutonss… (L’Élève le regarde ahuri.) Voyons, mon enfant, faites un effort. Je dis moutonsse. Étaient (Il reprend avec finesse.) étai-eunnt. C’est-à-dire qu’il n’y avait pas qu’un moutonne. Il y avait plusieurs moutonsse.

La charge symbolique de la dictée
Dans les souvenirs d’école, il y a nécessairement l’épisode de la dictée, comme s’il s’agissait sinon de « la » scène scolaire primordiale, au moins d’une des plus mémorables par son caractère tout à la fois sérieux et potentiellement dramatique. Gustave Flaubert a beau dire dans son Dictionnaire des idées reçues, que « [l’orthographe] [n]’est pas nécessaire quand on a du style », il n’en reste pas moins que dans les faits de classe, le temps de passation d’une dictée reste un moment très particulier. Il faut dire que la tradition scolaire française a longtemps attribué à cet exercice un grand nombre de vertus. Appelant la concentration, la mémorisation, la connaissance tout en présupposant une qualité parfaite sur le plan graphique, la dictée ne correspond en rien à une banale activité de répétiteur. Ainsi, des premières dictées que prisait l’Impératrice Eugénie aux si populaires dictées de Bernard Pivot, l’exercice a conservé une forme d’aura dont on ressent encore les effets quand on en propose une à des élèves. Manifestation d’une forme d’excellence pour les élèves les plus compétents en matière orthographique, la dictée demeure pour des élèves plus fragiles sur ce plan, plus qu’un pensum, une véritable épreuve. Le fameux « 0 » en dictée a de fait eu longtemps une terrible résonnance pour ceux qui en voyaient leur copie le plus souvent affublé. Dans leur conscience d’élève en équilibre instable, ce « 0 » ne signifiait-il pas par extension, « je suis nul en français » ?

La dictée comme le phénix…
La pratique pédagogique a évidemment ses marottes en fonction des époques et des modes. Aussi, faut-il quand même le préciser, l’importance des dictées en classe, notamment au collège, a connu des périodes creuses. Du « tout pour la dictée », on est passé à une forme de « haro sur la dictée ». Il n’est ainsi pas rare du tout que des élèves de collège ayant pourtant pour entre autres finalités au brevet de passer l’épreuve de la dictée n’en effectuent qu’un nombre infinitésimal au cours de leurs quatre années. D’où le saisissant paradoxe observable à la dernière session du brevet des collèges. Extrait du roman de Marcel Aymé, Uranus, le texte de référence de la dictée n’était pas de la première facilité. Que l’on en juge après une rapide relecture de l’extrait :
« Le collège de Blémont étant détruit, la municipalité avait réquisitionné certains cafés pour les mettre à la disposition des élèves, le matin de huit à onze heures et l’après-midi de deux à quatre. Pour les cafetiers, ce n’étaient que des heures creuses et leurs affaires n’en souffraient pas. Néanmoins, Léopold avait vu d’un très mauvais œil qu’on disposât ainsi de son établissement et la place Saint-Euloge avait alors retenti du tonnerre de ses imprécations. Le jour où pour la première fois les élèves étaient venus s’asseoir au café du Progrès, il n’avait pas bougé de son zinc, le regard soupçonneux, et affectant de croire qu’on en voulait à ses bouteilles. Mais sa curiosité, trompant sa rancune, s’était rapidement éveillée et Léopold était devenu le plus attentif des élèves.»
Pourquoi tant de « nn », « soupçonneux » « réquisitionné[s] » ? Jeu de mots mis à part, on conviendra de la difficulté intrinsèque du texte donné. Et l’on sera à même alors de se dire que quelque chose de traditionnel reste attaché à l’exercice : il doit être issu d’une œuvre littéraire de langue française patrimoniale. En ce sens, les concepteurs du sujet de français, ou si l’on préfère les sélecteurs du texte de la dictée, ne semblent pas déroger à une ligne historique, comme si cette dictée constituait rien moins qu’un vivant pilier de l’éducation à la française… Et qu’importe finalement qu’elle ne rapporte que peu de points. L’essentiel est ailleurs : il tient à la symbolique et à la tradition a fortiori dans un contexte où le Ministère s’applique à revivifier les points d’ancrage éducatifs bien installés dans la conscience collective hexagonale : redoublement, devoirs à la maison et donc, dictées.

Revenir à la pratique concrète
Tout cela étant mis en perspective, il convient tout de même de dire et redire que l’activité scolaire relevant de la dictée n’est en rien nuisible si elle est bien contractualisée avec les élèves. Posons d’abord un argument favorable même s’il peut apparaître au premier abord comme artificiel : la dictée permet le retour au silence ! C’est d’ailleurs ce que fait remarquer Laurent Torres dans son autofiction, Sortie de classes (Albin Michel, 2016) : « La dictée est un exercice apaisant pour un professeur de français. Pendant quelques minutes, j’obtiens un peu de calme et tous les élèves écrivent » (54). Le problème, on l’aura compris, n’est donc pas de proposer des dictées aux élèves mais de savoir pourquoi et comment on le fait. À ce titre, les travaux de Danièle Cogis notamment mettent en perspective la nécessité de sortir d’une vision totalitaire de la dictée. Au lieu de représenter uniquement une forme d’évaluation factice impliquant naturellement une logique de discrimination, la dictée doit redevenir une activité scolaire inscrite dans un processus d’apprentissage. En conséquence, le premier élément terminologique de reconsidération de « la » dictée serait de généraliser la mise au pluriel du mot ! Car, les pratiques heureusement observées dans certaines classes, notamment à l’école élémentaire, mettent en perspective la diversité des dictées données : dictée négociée et/ou dialoguée ou encore dictée du jour pour n’en rester qu’à quelques exemples. De ce point de vue, les chercheurs, dont Danièle Manesse et Catherine Brissaud, observent dans les classes un spectre très large de conception de la dictée. En ce qui concerne spécifiquement le collège, la bonne piste consisterait sans doute, outre à renouveler les pratiques en fonction des apports de la recherche, à accepter les propositions souvent très fructueuses des collègues du premier degré. Les dictées doivent s’inscrire dans des pratiques rituelles et n’ont d’intérêt que si elles permettent non pas de stigmatiser des fautes mais de réfléchir aux causes des erreurs commises.

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Dossier : Papiers collés d’Amérique

Publié le par La rédaction NRP

De l’Amérique rêvée de son enfance à son projet photographique, nous suivons le parcours de Jean-Luc Bertini dans un dossier personnel qui nous permet de confronter rêves et réalités, mythes et vérités.
Cliquez sur l’image pour lire un extrait du dossier

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Entrez dans la danse – n°660 novembre 2018

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La Belle au bois dormant, du conte au ballet (6e)

Orphée, en mots, images, musique et danse (4e)

Le Choix de Rudi, roman jeunesse sur Noureev (3e)

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